Lettre N°102

Gorze, avril 2013


Chers Amis,

Par la révélation de la Beauté, l'icône nous fait franchir d'un coup les seuils du sensible et du psychologique, nous ouvre les portes du temple et nous met face à face avec le Transcendant. On n'est pas devant l'œuvre d'un auteur mais devant l'Auteur de toute œuvre. Et non pas dans une objectivité, une distance, Lui à trois mètres, mais dans la relation brûlante d'un Dieu personnel.

Cela explique pourquoi il y a dans les églises orthodoxes une telle sensation de vie et de présence. Tout est célébration, même en dehors des offices, tout ramène à la seule réalité vraiment vivante, à « l'unique nécessaire » : le mystère divin. Et quand on s'incline devant les icônes avant de les embrasser, il y a quelqu'un en nous qui sait qu'il n'y a rien qui nous soit plus intime.

Ces mêmes icônes trouvent aussi leur place à la maison et font d'elle un temple ; elles sanctifient les lieux et les espaces ; leur rayonnement transforme l'atmosphère et neutralise les ondes négatives ; elles donnent à la demeure et à tout ce qui s'y vit un centre où rien de ce monde n'a le dernier mot, mais s'ouvre vers un Au-delà de lumière et de joie... « Que ta maison soit une église » dit saint Jean Chrysostome (IVe siècle).

Là, sous le regard de feu et de tendresse des icônes, l'amour au quotidien se fait alchimie d'un monde autre, la cellule familiale introduit dans le plus petit détail le « meurs et deviens» d'une pâque qui ne cesse d'être célébrée à la liturgie. Ainsi la Vie circule d'un lieu à l'autre pour faire son œuvre de transfiguration. Telle la veilleuse toujours allumée à côté de l'icône ici et là, l'homme s'éveille à la vigilance par ces rappels constants. Son visage, toujours exposé à l'icône, « réfléchit comme en un miroir la gloire du Seigneur qui est sur la face du Christ » et il est lui-même peu à peu « transformé en cette même icône, de gloire en gloire, par l'action de l'Esprit» (2 Cor 3,18; 4,6).

L'icône de Dieu alors, la plus extraordinaire, c'est l'homme. On devient ce que l'on contemple. Et c'est pourquoi pendant les offices à l'église, le prêtre encense les fidèles tout aussi bien que les icônes ! Voilà pourquoi aussi une relation entre deux êtres humains n'est jamais banale et utilitaire : c'est le lieu même d'une Visitation mystérieuse où quelque chose peut se mettre à danser au fond des cœurs (Lc 1,39-45). Alors que le jugement ou le regard critique sur l'autre retombe sur son auteur pour l'accuser d'une effarante myopie et de peu de profondeur. Il a l'œil sombre et le regard ténébreux, il ne voit que les apparences, son champ de vision est plat ; enfermé en lui-même, il ne voit que l'enfer chez les autres.

Le familier des icônes baigne dans leur lumière, c'est son milieu. En effet, c'est la lumière qui qualifie une icône. Comme le dit la Tradition : un iconographe peint avec la lumière et non avec les couleurs. Selon les jours de la création décrits par la Genèse, il part des ténèbres, pose d'abord sur le bois les couches les plus sombres, la terre, puis va vers une « clarification progressive », de couche en couche jusqu'à l'éclatement de la lumière. C'est avec cette Lumière, qui est le Christ, que Dieu crée le monde, et c'est avec cette même Lumière que travaille l'iconographe. Lumière incréée qui émane des profondeurs et illumine les visages. Comme le centre de l'icône se trouve dans celui qui la regarde, elle plonge en son tréfonds cette «Lumière qui éclaire tout homme» (Jn 1,9). Là elle rejoint la lumière qui l'habite déjà et ouvre en lui le chemin de l'illumination.

Dans ce sens tout homme peut être iconographe. S'il a un regard de lumière sur l'autre, il le revêt de splendeur et le suscite au meilleur de lui-même, l'étincelle divine se met à rayonner au fond de son être, les ténèbres disparaissent. Qui n'a souvenir de telles rencontres? Seul ce regard visionnaire, longuement appris auprès des icônes, sait contempler la vraie beauté des êtres et des choses ; « l'œil de la colombe » appréhende la transparence de tout ce qui l'entoure. Il n'y a plus de rapports de force alors, seulement de la Force dans les rapports. Le visage est un abîme de mystère : l'amour seul entre dans ce sanctuaire.

A nous d’en faire l’expérience !

Avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

Texte à méditer

L'image agit profondément sur l'âme humaine, sur ces facultés créatrices ou motrices. On dit, par exemple, que si, durant le temps qui précède la naissance d'un enfant, une mère regarde fréquemment le visage ou le portrait de son époux bien-aimé, l'enfant ressemblera beaucoup à son père; ou si elle regarde fréquemment le portrait d'un enfant très beau, elle donnera naissance à un très bel enfant. Si donc un chrétien regarde souvent, avec amour et piété, l'image de notre Seigneur Jésus-Christ, de sa Mère très pure et de ses saints, son âme recevra les traits spirituels du visage amoureusement contemplé: douceur, humilité, miséricorde, tempérance... Si nous contemplions plus souvent les images et surtout la vie du Seigneur et de ses saints, comme nous changerions, comme nous marcherions de hauteur en hauteur!

(Saint Jean de Cronstadt, prêtre russe thaumaturge (1829-1908))

Prière

Seigneur, tu m'as créé à ton image glorieuse,
frappé au coin de ta majesté,
venant au secours de mon impuissance.

Tu m'as orné de raison, tu m'as fait resplendir par ton souffle ;
en esprit tu m'as enrichi, en sagesse tu m'as fait croître,
de la liberté tu m'as paré.

Tu m'as engendré comme un père, allaité comme une mère.
Par la rosée du baptême tu m'as purifié,
grâce au ruisseau de vie tu m'as fait prendre racine ;
de ton pain céleste tu m'as nourri, de ton sang divin tu m'as abreuvé.

A toi, Seigneur Jésus, il appartient de m'accorder la Vie
et de t'approcher de moi pour me visiter, toi qui es le Fils du Dieu vivant.

Saint Grégoire de Narek (944-1010).

Information

Le Chemin N°98 du Printemps 2013 est paru, au sommaire

· Pâque, éternelle jeunesse du monde
par père Alphonse Goettmann
· Dieu est venu là où tu gis
par Saint Syméon le Nouveau Théologien
· Foi et symbole
par Yves Lefebvre
· L'homme, tente de la rencontre
par Christophe Le Béon
· Frivolité ou spiritualité : la danse
par père Pascal Sauvage
· Moïse, Précurseur de Jésus
par Rachel Goettmann
· Du Dieu pervers au Dieu d'Amour
par Marc Guichard
· Sainte Hildegarde, plume de l'Esprit
par Soeur Barbara

Les prochains temps forts à Béthanie :

Du 27 avril (9 h) au 28 avril 2013 (17 h) : INITIATION A L’ENLUMINURE.
Selon la tradition ancienne, création d’une lettrine pour orner un poème ou un texte sacré. Le dessin et la peinture, dans la prière et le souffle, sont un chemin d’intériorisation, de transformation et de jubilation. Merci d’apporter vos pinceaux fins et vos aquarelles (demander à Béthanie les références).

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Du 9 mai (9h) au 12 mai 2013 (11 h) : GUÉRISON DES MALADIES DE L'ÂME.
Les passions sont des maladies de l'âme. Par les passions, les démons possèdent l'homme et exercent sur lui un pouvoir tyrannique qui disloque son être. Pour guérir de cette folie et être libéré de la souffrance qu'elle provoque, la sagesse des Pères offre une véritable méthode diagnostique et thérapeutique, une psychologie des profondeurs et une ascèse de libération par la connaissance de soi dans la "metanoïa" c'est-à-dire le retournement.
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Du 9 mai (9 h) au 12 mai 2013 (17h) : APPROCHE POUR LA CRÉATION D'UNE ICONE
Apprendre à regarder des icônes, s'initier au dessin et à la peinture de l'icône, s'imprégner de leur sens spirituel selon la Tradition orthodoxe. La pratique de l'art de l'icône est un chemin de service, d'amour de la beauté et de persévérance qui, dans son accomplissement, permet d'offrir un lieu de rencontre entre Dieu et l'Homme. Aucun don particulier n'est exigé pour le dessin ou la peinture. Ce stage s'adresse autant aux débutants qu'aux anciens.

Du 18 mai (16 h) au 19 mai 2013 (16 h) : PENTECÔTE
Cette fête accomplit toute la Création et inaugure la plénitude des temps. Elle ouvre à l'homme le Royaume et met dans son cœur une éternelle jubilation. Car l'Esprit désormais « est partout présent et remplit tout». Conférence le samedi à 16 heures. A 19 heures, Grandes Vêpres de la Pentecôte, suivies de l'imposition des mains «pour la guérison de l'âme et du corps ». Le dimanche à 10h30, chant des Tierces Solennelles, suivies de la Divine Liturgie et des agapes fraternelles.
(Participation libre)
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20 mai : Accueil des RENCONTRES DE MEDITATION CHRETIENNE DU GRAND-EST sous l'égide de la Communauté mondiale de méditation chrétienne
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(entrée libre - hébergement possible sous condition info )

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