Lettre N°104

Gorze, juin 2013


Chers Amis,

A quelques jours de la maintenant traditionnelle fête de la musique, nous voudrions partager avec vous quelques réflexions qui puissent vous accompagner sur le Chemin spirituel pour un discernement pendant ce moment de détente et de joie.

Si on chante et fait de la musique dans tous les temples spirituels de l'humanité, c'est que l'on a toujours éprouvé, depuis les origines de l'histoire, l'impact puissant et mystérieux du son sur l'homme. La science nous apprend maintenant que le cosmos tout entier est un Temple et que nous vivons littéralement « dans un bain acoustique», où le silence lui-même est la modulation d'une harmonie inaudible.

Saint Maxime le Confesseur, au VIIe siècle, parlait déjà d'une véritable «liturgie cosmique». Le son primordial est un incessant producteur d'énergie. Comme manifestation du Verbe, il travaille toujours (Jn. 5,17): constamment les forces créatrices, qui animent le cosmos, traversent l'homme sous forme de fluides pour l'informer et le structurer. Tout l'univers est construit par ces vibrations, mais seul l'être humain, grâce à sa conscience, peut entrer avec elles dans une relation de réciprocité. Quand on parle de conscience ici, il ne s'agit pas du mental, mais d'une conscience sensorielle, où le corps tout entier est impliqué comme expression de la totalité de l'homme, inséparablement corps-âme-esprit.

L'homme est une grande oreille parce que l'écoute est le fondement même de l'univers. Puisque tout est Son, expression du Verbe, il est normal que toute l'organisation de l'homme, sa longue genèse et son évolution loin d'être terminée, gravite autour de l'appareil auditif, c'est-à-dire du système de réceptivité qui doit permettre le dialogue. C'est dans cette logique, qui est déjà une christologique, que Dieu énonce le premier et le plus grand des commandements, à la fois méthode et mystique de toute la Tradition judéo-chrétienne: Ecoute Israël! (Deut. 6,4). «Israël» étant le prénom de chaque homme.

Mais il en est de même dans les autres Traditions. En Inde, par exemple, on considère l'ouïe comme le sens fondamental, celui qui perçoit l'aspect le plus intérieur des structures du monde, l'état vibratoire le plus simple et originel.

Les civilisations anciennes ont toutes reconnu le son comme première manifestation de l'énergie universelle. C'est pourquoi de nombreux mythes considèrent que la musique est d'origine divine ou surgit des couches les plus profondes de l'inconscient humain, portant en elle la possibilité de la pleine réalisation de l'homme et un chemin vers la sagesse.

L'écoute est donc l'attitude fondamentale de l'homme, elle est ontologique, c'est-à-dire qu’elle fait qu'un homme soit un homme. S'il est vrai que le son tisse l'homme à chaque instant, ce n'est que par l'écoute de ce qui est ancré ainsi au tréfonds de son noyau vital qu'il entre en communication avec la Source de son être. Vivre c'est écouter. L'écoute et la conscience sont une et même réalité. Là se trouve le Chemin de l'homme et sa capacité de métamorphose.

Nous sommes ainsi devant l'évidence que l'écoute est l'acte spirituel par excellence de l'homme. L'oreille perçoit le Son qui est au-delà de tout son et expérimente alors la dimension non-conditionnée. Cette écoute est un recueillement dans les profondeurs de l'être, où l'on accueille ce qui est entendu pour s'en laisser pénétrer. La pénétration réciproque est le propre de l'amour. Quand je suis toute' oreille et que j'écoute avec mon corps entier, je laisse pénétrer Dieu en moi, et mon tréfonds le plus secret entre mystérieusement en résonance avec Lui. Là est mon refuge personnel où je suis réellement « chez moi », un avec mon être et Celui qui m'engendre. Je me situe à mon point de jaillissement.

Devant tout cela, l'Homme de toujours, de tous les horizons culturels et religieux, ne s'est pas trompé en voyant dans la musique le premier sinon le plus important chemin d'accès à cette «plénitude». Il n'y a rien qui donne à l'homme, même le plus areligieux ou ignorant tout, autant de bonheur que la musique. Ne faisons pas de différence entre musique et chant ici, car le chant est une musique où l'homme lui-même se fait instrument, et inversement la musique est une voix: elle est la voix de l'univers sonore, la voix de l'humanité, partie intégrante de notre existence, nous l'avons dit.

Là où il y a musique se concentre l'harmonie de l'univers entier. La musique relie les fréquences qui nous habitent avec celles qui vibrent dans le cosmos à des millions d'années-lumière. Le son pénètre directement dans notre corps, puisque la matière est elle-même vibration; rien ne peut toucher autant notre vie intérieure que ce dont est capable l'ouïe. Cela parce que l'âme est la forme du corps, elle «l'informe», au sens physique et métaphysique de ce terme ; c'est donc par le corps qu'on a un accès immédiat à l'âme.

Dans ce contexte on peut comprendre la puissance thérapeutique de la musique sur le corps et l'âme, comment elle travaille à l'unité des deux et lutte contre la désintégration de la personnalité. Elle contribue profondément au développement et à la stabilisation de la structure psychique et physique, comme cela a été montré depuis longtemps.

Ce qui est vrai pour le corps et l'âme de l'homme l'est aussi, à leur propre niveau, pour le monde animal, végétal et minéral. Mais là où la musique atteint sa finalité, c'est dans l'esprit de l'homme. L'esprit opère par saisissement. Ici, cependant, la musique est mise à l'épreuve de son authenticité. En effet, il y a des «musiques», si on peut les appeler ainsi, qui détruisent Dieu et l'homme. Le discernement est de la plus haute importance, si l'on ne veut pas se fourvoyer ou aboutir dans des impasses enfériques. Beaucoup de musiques ne conduisent pas plus loin que le psychisme, provoquent des trémolos purement émotionnels et se complaisent dans les interminables méandres de l'âme, où elles égrènent les sentiments multiples de sa mélancolie romantique...

Bonne et belle fête de la musique !

Avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

Texte

Tout est propice à la vie spirituelle, tout dépend de notre attitude propre.

Saint Jean de Saint-Denis

Prière

Saint thaumaturge Thiébault, visite-nous lorsque nous frappe l’infirmité.
Gratuitement tu as reçu, gratuitement donne-nous toi aussi.

Antienne à saint Thiébault

Information

Festivités de la Saint-Thiébault

Dimanche 30 juin 2013

Prieuré Saint Thiébault à Gorze (57)

10h30 : Procession des reliques de Saint Thiébault, Onction des malades & Messe présidée par Mgr Grégoire, évêque de l’Eglise orthodoxe des Gaules.

A 16h00 : Prière d’intercession et onction avec l’huile de saint Thiébault, prière silencieuse (méditation).


De 14h30 jusqu’à 18h :

- Musique instrumentale, contes médiévaux (enfants et adultes)…
- Visite commentée de l’Eglise (fresques et icônes)
- Exposition d’icônes contemporaines, films sur l’icône
- Stands de produits monastiques et d’artisanat du monde
- Stands d’icônes, de calligraphies et d’enluminures
- Danses d’Israël et Jazz manouche
- Librairie (neuf et occasion)
- Buvette et Pâtisserie

entrée libre et gratuite

Les prochains temps forts à Béthanie

Du 6 juillet (19 h) au 11 juillet 2013 (11 h) : MÉDITATION ET SAGESSE DU CORPS : LA VOIE DU SILENCE
Face à l'insatisfaction qui engendre la violence, face au stress qui nous enchaîne, la traditionnelle voie du silence offre un chemin de pacification et de libération profonde. La sagesse du corps et la conscience du souffle ouvrent un accès privilégié à la découverte de l'instant présent et font pressentir la Grâce au fond de nous-mêmes. Initiation à l’assise méditative par la sagesse du corps et la conscience du souffle.

Du 6 juillet (19 h) au 9 juillet 2013 (17 h) : ATELIER D’ÉCRITURE : CÉLÉBRATION DU VISAGE-EST
Chaque visage est un secret, chaque visage est unique. Ecrire pour mettre en lumière les visages singuliers d’une vie. Visage des autres, visages que nous sommes, un et multiples, créés pour un face à Face.

Du 14 juillet (9 h) au 16 juillet 2013 (17h) : UNE THÉRAPIE DIVINE : LE PARDON
Il n'est pas de guérison possible, ni physique ni psychique, sans le pardon. Le pardon véritable nous sort de nos enfers et donne accès à notre identité profonde. C'est une expérience conduite par le Christ qui, seul, peut nous libérer et nous guérir des chaînes et blessures de notre passé. La tradition des Pères nous aidera sur cette voie.

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