Lettre N°22
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Gorze, Janvier 2006

C
hers Amis,

Nous le disions dans notre dernière lettre : à Noël c’est le surgissement de l’inouï ; quand Dieu se fait homme, toute l’Histoire de l’humanité bascule et gravite désormais autour de ce seul Centre…Maintenant, il appartient à l’homme de devenir « dieu » en habitant son propre corps où Dieu s’est incarné. Chacun d’entre nous est invité à une nouvelle naissance. Alors, que nous souhaiter de plus grand, de plus extraordinaire, avec cette année qui s’ouvre, que ce renouvellement total de notre être ? Le secret de la vie, de la jeunesse, quel que soit notre âge, se trouve dans cette grâce de renouveau permanent que Dieu a déposé en nous en entrant dans notre corps. La jeunesse est devant nous, elle est une conquête, une conquête de joie…

Dans l’homme libéré et habité par le Christ, la chair n’est plus charnelle et aimantée vers le bas ; une nouvelle corporalité se forme, une chair où, quoique mortelle, la vie de Jésus se manifeste. Le Christ est devenu notre « compagnon dans la chair » comme disent les Pères d’une manière réaliste. Il a sanctifié et libéré notre chair, sinon, remarque saint Irénée (II°siècle), l’âme ou l’esprit serait sauvé, mais pas l’homme tout entier. C’est donc bien aussi le corps qui est rempli, « imbibé » de la Présence du Christ et de l’Esprit Saint, sous-entendu bien sûr que l’ascèse fasse l’œuvre de la purification, car les passions recouvrent le cœur et le livrent, au contraire, aux forces démoniaques qui parasitent et vampirisent, font du temple intérieur une caverne de voleurs…

Si le corps est ma « manière-d’être-là-au-monde », cela veut donc dire sur le Chemin, non pas que j’aie un corps comme un objet, mais que je suis mon corps. Dans ce sens, le corps devient alors lui-même prière, chaque fois que sa manière d’être là est juste, c’est-à-dire quand il permet le contact avec l’être, la profondeur. La manière d’être là est fausse, au contraire, chaque fois que le corps empêche ce contact.

Dans le péché, la coupure avec Dieu, l’âme s’enfle d’orgueil, disent les Pères, mais évidemment le corps aussi puisqu’il exprime l’âme. Au lieu d’être enraciné et fondé (Eph 3,17) dans sa profondeur, il s’en retire, rentre le ventre, monte la respiration dans la poitrine et lève les épaules, complètement décentré, et sujet à toutes les tensions que nous connaissons. Il n’y a pas de tension physique qui ne soit l’expression de quelque chose qui ne va pas sur le plan métaphysique.

Une prière qui inclut donc le corps, en provoquant par exemple sa détente, l’ouvre et le met face à l’objet même de sa requête ! Une prière vraie, d’abandon et de confiance, de remise totale suscite toujours une détente profonde du corps et vice versa, mais dans ce cas le processus est beaucoup plus rapide : un corps parfaitement détendu est instantanément ouvert au mystère dont il est le temple. Ouvrir, c’est tout notre travail : « Ephata » ouvre-toi !, dit le Christ (Mc 7,34).

Or la clé pour ouvrir, c’est de sentir, sentir par les cinq sens, descendre dans la profondeur de la sensation et y demeurer (Jn 15,4-15), recevoir la sensation à l’état pur, m’y baigner en quelque sorte: voir- entendre- goûter…sans plus, entrer à l’intérieur, me laisser faire, expérimenter la vie, ce que les Pères appellent dès les origines la sensation du Divin (Jean Cassien, IV°siècle) , ce « sentir » du corps et de l’âme, d’une Présence ineffable qui se trouve dans l’esprit, mais capable de saisir l’être entier et de l’imprégner jusque dans la moindre de ses cellules. Dieu cesse enfin d’être un « fantôme » pour l’homme, nous pouvons le toucher et nous écrier avec Grégoire Palamas : Chair de ma chair, os de mes os ! On ne le rencontre pas dans les mots, fût-ce dans ceux de la prière ! Ne rabâchez pas (Mt 6,7) dit le Christ, Touchez-moi (Lc 24,39) !

Laissons-nous visiter par l’émerveillement, submerger par la Beauté, tout au long de cette Année « nouvelle ».

Avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

Texte d'un Père à méditer :

« Sans le sentir spirituel (« spirituel » c’est-à-dire corps- âme- esprit), il est impossible de goûter la béatitude des choses divines. Par les passions qui tuent nos puissances naturelles, nous devenons insensibles à l’action de l’Esprit Saint. Car celui qui spirituellement n’entend pas, ne voit pas et ne sent pas est spirituellement mort. »

Saint Grégoire le Sinaïte (XIV°siècle)


Prière

Toi qui es le Christ, détourne mon regard de moi-même et même de mes faiblesses ; donne-moi de m’oublier et de ne regarder que Toi présent en moi.

C’est Toi le Christ qui vis en moi.

Quoi que je fasse Tu es en moi, Tu es plus moi que moi-même, Tu es l’intelligence de mon intelligence, la volonté de ma volonté, l’effort de mon effort, la lumière de mes yeux, le verbe de ma parole, le souffle de ma bouche, ton cœur est mon cœur, mes membres sont tes membres : tout ce que je fais c’est Toi qui le fais…

Te vivre là où je suis et dans ce que je fais maintenant, Te sentir sous ma peau très réellement, être conscient de Toi, habiter le moindre mouvement de mon corps et Te laisser T’épanouir à travers toute action, toute parole, tout geste…Il n’y a plus moi et Toi, mais Toi seul.

Peu importe alors que les choses qui m’arrivent me plaisent ou me déplaisent, puisque Tu fais ce que Tu veux et que Tu viens à moi comme Toi Tu l’entends.

Tout est grâce et action de grâce…Joie…Adhésion…

Tu es en moi et tout me parle de Toi, je vois Ta trace partout…


Sessions en cours à Béthanie

Du 3 au 7 février : Prière de Jésus, Prière du Cœur l ’axe de la tradition hésychaste pour une union permanente au Christ à travers tous les faits et gestes de la journée. info

Du 18 au 19 février : « A la découverte de l’Amour ». Pour les célibataires et les couples, cet Essentiel, source de toute vie et de toute joie, seul Chemin de guérison. info

Du 25 au 26 février : « L’art d’être dans l’instant », avec le Père Francis Dekeyser, spécialiste des Arts martiaux qu’il enseigne à l’Université de Nancy. Hors de l’instant présent, il n’y a que la mort ! Comment le corps peut-il nous permettre cette conquête de la Vie ? info

Information

Le numéro 69 de la revue « Le Chemin » est sorti, au sommaire :

- Marie, Mère des Vivants par Rachel Goettmann
- La souffrance, le mal et la mort, entretien d’Alphonse et Rachel Goettmann avec Bertrand Vergely
- Le baptême de feu par Annick de Souzenelle
- L’Orthodoxie occidentale par Mgr Jean de Saint-Denis
- Pistes de Méditation (suite) par Alphonse Goettmann
- Christianisme et réincarnation par Paul Ladouceur
- Charles de Foucauld par Roland Epin



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