Lettre N°35
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Gorze, Mars 2007

C
hers Amis,

Le Carême que nous vivons est une longue marche vers Pâques. Il symbolise notre chemin qui est pour chacun un devenir de résurrection. Et c’est pourquoi, il se termine par la fête où Lazare ressuscite, la veille des Rameaux. Lisons et méditons ce texte : Jean 11, c’est vraiment le thème majeur de l’Evangile.

En ouvrant cet Evangile, ne faisons pas de l’archéologie avec un événement du passé définitivement révolu ! L’événement m’insère dans une tradition, certes, mais celle-ci n’a qu’un but : me révéler qui je suis et où je vais, moi, aujourd’hui. Alors rien ne m’est indifférent dans un texte, tout me concerne au plus vif, et cela jusqu’à son cadre.

Ici, « Béthanie » c’est la maison de l’homme Lazare, maison qui est en quelque sorte le symbole de tout l’univers, habitat de l’homme, ma demeure. Lazare, l’ami de Jésus, personnifie chacun de nous et toute l’humanité. Celui que Jésus aimait, c’est moi ! Il n’existe pas d’homme qui ne soit unique, il n’en existe aucun dont on puisse dire que Jésus ne l’aimait pas. Le Christ qui est la vie intérieure, Dieu en nous, aime chacun comme s’il était seul au monde.

Si Lazare c’est moi, alors Marthe et Marie sont aussi mes sœurs, elles sont en moi mes deux sœurs : la sœur active, Marthe, celle du travail, des affaires, des mille préoccupations… la dimension qui construit le monde à sa guise, elle produit la culture, les arts, la civilisation, organise la cité ; puis il y a la sœur qui prend du recul, qui médite et contemple, qui ne se reçoit pas d’elle-même, mais de Dieu seul, elle ne fait jamais rien à sa guise… c’est la dimension de l’essentiel, de l’enracinement, de l’ancrage, hors de quoi il n’y a qu’agitation. Le Christ dira de Marie qu’elle a choisit la meilleure part et de Marthe qu’elle s’agite beaucoup, alors qu’une seule chose est nécessaire, une seule chose : tout est une question de direction.

Or c’est justement le manque de direction qui a fait tomber l’homme dans le multiple, c’est-à-dire dans l’atomisation et la décomposition, en d’autres mots : la maladie. Dieu seul a la Vie, Lui seul est la source de notre vie, boire à d’autres sources, c’est s’abreuver à la mort. Là est le résultat du péché, la rupture avec Dieu. Lazare n’était peut-être pas voleur ou assassin, mais il vivait comme tout homme de la vie du péché, à savoir de la satisfaction de ses désirs physiques ou psychiques. Il avait de multiples sources pour vivre.

Sur ce plan, le voleur, le menteur, l’assassin ou le criminel ne diffère en rien de l’honnête homme qui n’a rien à se reprocher et se suffit à lui-même. Si les deux vivent sans Dieu, ils sont tous deux en état de péché, à pied d’égalité face à Dieu, quelque soit la beauté morale de l’honnête homme.

Le péché, c’est ce qui est identique à la maladie et à la mort. Or que fait Jésus ? Il va vers Lazare, dit le texte, Il va donc vers la mort, celle de l’homme et celle de Dieu, puisque, pour se rendre en Judée, Il risque sa propre vie, comme l’Evangile le laisse entendre clairement. Quelques jours après d’ailleurs, Il meurt sur la croix. Ici, le Christ nous révèle à la fois l’essentiel de son message et la méthode pour le réaliser : Il renverse la situation radicalement ; Lui, la Vie par excellence qui ne devait pas mourir, entre librement dans la mort. Désormais tout homme qui prend cette direction, c’est-à-dire qui, au lieu de subir la maladie et la mort à cause du péché, choisit librement de les accepter, de les vivre pleinement, y trouvera non la puanteur et la décomposition, mais la vie, le Christ Lui-même, la gloire de Dieu. Cette mort est pour la gloire de Dieu, dit Jésus dans le texte. Depuis le Christ, mourir, mais déjà ici et maintenant puisqu’il s’agit d’une direction, donc accepter librement la mort, vivre avec elle et entrer dans sa familiarité, c’est expérimenter la gloire de Dieu ! Si cela est vrai, alors « rendre gloire à Dieu », Lui rendre grâce et Le louer face à la mort, n’est-ce pas la méthode que nous révèle le Christ pour ne jamais mourir, mais au contraire vivre toujours plus pleinement ? C’est pourquoi devant le tombeau de Lazare, au lieu de se lamenter, comme tous les autres, Jésus rend grâce !

Quand Thomas voit la direction que prend Jésus, il emboîte le pas et entraîne avec lui tous les autres disciples, en disant : Allons nous aussi et mourons avec Lui ! Phrase fantastique qui contient toujours à la fois le message et la méthode : allons et mourons, c’est la direction, mais avec Lui. Etre avec Lui, alors que risquons nous ? Nous sommes là devant l’attitude fondamentale du disciple, la quintessence du Chemin : pour moi, vivre, c’est le Christ, et mourir m’est un gain (Ph 1,21).

Aux disciples qui cherchent sans le savoir à faire le jeu de l’Adversaire de la vie en s’opposant à la décision du Christ, celui-ci répond par des paroles mystérieuses : N’y a-t-il pas 12 heures dans le jour ? Le « jour » c’est le Christ, ce « grand Jour » annoncé par les Prophètes et « 12 » caractérise la plénitude, l’accomplissement. Celui qui marche dans le Christ s’accomplit en plénitude. En vivant pleinement le temps, l’instant, celui-ci dévoile sa substance d’éternité qui, elle, nous ouvre à la conscience solaire du Christ. Nous vivons déjà alors dans la lumière de la résurrection.

C’est vraiment dans cette réalité-là que culmine l’Evangile. Quand Marthe répliquera à Jésus : Je sais que mon frère ressuscitera à la résurrection, au dernier jour, projetant l’événement dans un futur inconnu et qui ne la concerne plus, Jésus la ramène avec violence au présent Je suis la résurrection. Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais ! Ce présent absolu est celui de Dieu, qui n’a ni passé ni avenir, Il est purement et simplement, Il EST la Vie, adhérer à Lui c’est ne pas mourir. C’est ce nom de Dieu que Moïse a reçu au Buisson Ardent : Je Suis Celui qui est et Jésus en manifeste son visage dans l’histoire des hommes : Si vous ne croyez pas que JE SUIS, vous périrez tous ! (Jn 8,24). Voilà pourquoi Il pose la question à Marthe : Le crois-tu ? Car tout est là : adhérer de tout son être, devenir un avec Lui, laisser vivre et agir comme par osmose sa résurrection en nous. C’est cela le propre de la confiance, qui veut dire « se fier à » avec la racine « fiance-fiancer » : il s’agit donc d’une relation nuptiale, qui a la joie et l’allégresse comme contenu.

Saint Augustin (5°s) a prononcé cette phrase prodigieuse : En adhérant à Toi de tout moi-même, ma vie vivra d’être pleine de Toi. Toute la sagesse du christianisme est là !! Nous n’avons qu’un seul effort à faire : Je suis la résurrection et la vie. Adhères-tu à cela ? Est-ce vraiment là ta vie à toi, ce qui te fait vivre, ta lumière, ta joie, le sens même de ton existence ?

Devant le tombeau donc, Jésus dit : Enlevez la dalle, la pierre. Quelle est cette dalle ? C’est la pierre tombale, celle qui justement nous sépare de Dieu. A chacun de voir quelle est la pierre qui recouvre son cœur qui est le trône de Dieu ; c’est du cœur que vient toute vie. C’est la pierre qui fait pencher mon cœur vers ceci ou cela, vers mes préférences, or là où est ton cœur, là est ton trésor : il se trouve donc que mon trésor ce n’est pas Dieu… Je communie à ce qui ne peut pas être source de vie, à la mort. Malgré les approches de Dieu, l’homme psychique résiste à la grâce divine. C’est Marthe, et non Marie, qui émet des doutes et ne croit pas à l’impossible. Jésus redit alors : Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. Tout l’Evangile, finalement toute la révélation biblique et la création toute entière converge vers ce point : la gloire de Dieu. Elle est le terme de tout, le seul but de ce qui est grand et de ce qui est nul, de ce qui est beau et de ce qui est répugnant, comme la puanteur du cadavre de Lazare. Il sent déjà, dit Marthe. Mais qui ne sent pas ??

On enlève donc la pierre, et devant la mort, devant le souffle d’horreur qui passe à ce moment là sur la foule, Jésus rend grâce. C’est sans doute pour eux tous qui se lamentent, comme pour nous d’ailleurs, le comble de la stupéfaction. Qui a jamais osé dire « merci » à Dieu pour la mort ? Rien n’est plus absurde ! Jésus renverse ici nos systèmes de valeurs et nos principes pour nous apprendre les mœurs de Dieu. La gratitude est un acte créateur : il n’y a pas pour l’homme de plus grand lâcher-prise que de rendre grâce indifféremment pour tout, comme dit la liturgie : « en tous temps et en tous lieux » ; cela permet à Dieu d’être Dieu et d’agir librement. Le premier obstacle à l’action divine c’est moi, avec mes a priori.

Mais quand je permets à Dieu d’agir, c’est toujours divin et extraordinaire, même dans la pire des situations. C’est ce que le Christ nous montre et nous démontre : en rendant grâce devant la mort, Il a la certitude absolue d’être exaucé. Il s’agit d’une nouvelle manière d’être que le Christ nous transmet ! Si je considère que « Tout est grâce », alors la seule attitude juste, c’est de rendre grâce. Le fait d’accepter avec reconnaissance chaque petit incident qui survient comme venant des mains de Dieu, libère la puissance divine. L’action de grâce doit être fondée sur notre foi, notre confiance en la Parole de Dieu et non sur nos sentiments ou notre raisonnement.

En tout cas, voilà ce que Jésus met sous nos yeux : IL rend grâce et le mort ressuscite ! Lazare sort du tombeau, on peut maintenant lui enlever les bandelettes et le délier. La reconnaissance pour tout ce qui arrive, l’action de grâces ou la joie face à tout, dans la certitude que Dieu agit, qu’au sein du pire Il est à l’œuvre pour me tirer de là, me libérer, fait naître l’homme à lui-même. D’abord plus rien ne peut atteindre cet homme, il n’est plus dépendant des circonstances, enchaîné par les bandelettes des événements, et puis cette liberté intérieure est le grand signe que sa personne s’éveille en lui, ce qui est totalement unique en lui, son mystère où il se reçoit de Dieu comme le ruisseau d’une source. Alors on peut dire que, pour lui, le cercle de la mortalité est définitivement brisé ; cet homme est passé à la vie de Dieu, c’est-à-dire il vit éternellement et divinement. Sa mort elle-même n’est que passage, Pâque, et dans sa vie l’échec, la difficulté, l’épreuve ne ressemblent plus à un tombeau, mais, comme nous chantons aux liturgies pascales, elles sont une chambre nuptiale où nous célébrons dans l’action de grâce les « Noces de l’Agneau ». Il n’y a plus un moment, dans cette vie-là, qui ne soit la manifestation de la gloire de Dieu…

Puisse ce Carême nous y conduire de plus en plus !

Père Alphonse et Rachel

Questions à méditer :


« Il sent déjà », dit Marthe : toute pensée négative est enveloppée de puanteur, donc nous infecte et infecte les autres. Est-ce que j’ai le désir de répandre autour de moi le parfum du Christ, c’est-à-dire une atmosphère d’amour, de joie, de paix ?

« Enlevez la pierre », dit Jésus : qu’est-ce qui fait de ma vie un tombeau ? Pourquoi mon coeur est-il fermé ? Quelle est la pierre qui le tire vers le bas ? Où penche-t-il constamment, où sont ses préférences ? Qu’est-ce qui me sépare de Dieu ? Qu’est-ce qui ouvre mon coeur, puis-je retrouver cela?

« Le mort sortit, pieds et mains liés de bandelettes » : pourquoi suis-je plutôt mort que vivant ? Quelles sont les bandelettes qui me lient : mes chaînes intérieures et extérieures, mes dépendances (nourriture – boisson – événements- situations – argent – conjoint –autres personnes - préoccupations – peurs – colères – jalousie – refus de pardon – échecs – limites personnelles …etc.)


Prière de Carême

Voici le temps, Seigneur Dieu, où Tu donnes ton souffle à ce monde,
où Tu allumes un feu d’amour en chaque homme, en moi-même.
Voici le jour où nous sommes convoqués pour être ton amour,
le vivre pleinement.
Nous Te remercions avec les paroles que Tu as Toi-même semées en nous,
nous T’admirons par la force de l’Esprit Saint
et pleins de joie, nous T’appelons notre Père.

(H. Oosterhuis)


Sessions en cours à Béthanie

Du 17 au 19 mars : « La guérison des maladies de l’âme ». Découvrir et maîtriser ses fausses dépendances pour s’ouvrir à la plénitude du Vivant. info 

Du 24 au 25 mars : Rencontre avec Jean-Marie Pelt, écologiste, et Jean-Louis Garillon, naturopathe, autour du thème de la santé. info

Du 4 au 8 avril. « Semaine Sainte et Nuit Pascale » Vivre ensemble le sommet de l’Année Liturgique en mettant nos pas dans ceux du Christ. info

Du 7 au 8 mai : « Une thérapie divine : le pardon » Une guérison à partir des racines de notre être. info  

 
 

Informations

Le « Chemin » Printemps 2007, N°74 sortira le 15 mars.



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