Lettre N°37
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Gorze, Mai 2007

C
hers Amis,

La longue et intense campagne électorale suivie de l’élection d’un Président de la République occupe tous les esprits et sera pour longtemps encore la nouveauté de ces temps qui courent… Mais l’événement n’aura été vraiment « démocratique » que s’il met chaque citoyen devant sa responsabilité personnelle et les chrétiens en particulier devant les dimensions politiques de leur foi.

La politique est un sujet difficile. Non parce qu’il est brûlant, mais parce qu’il est flou. Réflexion pourtant de plus en plus indispensable dans la mesure où, chrétiens, nous avons en permanence la tentation idéaliste de pécher soit par mépris soit par enthousiasme vis-à-vis de la politique. Or moins que jamais, dans la conjoncture actuelle, nous n’avons le droit de nous méprendre sur cette réalité, qui, à l’avenir, sera une des grandes clés de toute transformation et de plus en plus aux mains du peuple. Nous nous rendons de plus en plus compte que nul n’est une île, que Robinson Crusoë ça n’existe pas, qu’il nous faut vivre en communauté. La politique commande notre vie quotidienne, à l’école, au marché, à l’usine, au bureau…D’elle dépend désormais la sauvegarde même de la création. On attend d’elle qu’elle invente enfin ce projet humain qui fera de tous des êtres égaux, libres, fraternels.

Oui, mais… le triste spectacle de l’humanité après quelques millénaires d’histoire ne justifie-t-il pas quelque scepticisme, quelque doute à l’égard du pouvoir politique ?? Oui, si l’on croit qu’il n’y a jamais « rien de nouveau sous le soleil » et que les chrétiens, entre autres, continueront indéfiniment à prendre leur foi pour un « en-soi » pieux et intemporel. Non, si l’on croit à la nouveauté radicale d’une histoire porteuse d’un sens. Il s’agit là d’un véritable appel aux chrétiens, de leur vocation propre. Car pour eux l’histoire a un sens, elle va vers un Royaume où toute justice, toute paix, tout amour seront réalisés en plénitude. Bien sûr, nous n’en aurons jamais fini d’émerger ici-bas du péché et de toutes les médiocrités que nous connaissons, mais toujours nous sommes appelés à reconstruire l’homme, à faire naître ce visage qui doit être à la ressemblance de Dieu. Et la politique est l’un des principaux chantiers de cette reconstruction, où l’homme se fait et se défait.

La singularité du Christianisme, sa spécificité, c’est son caractère historique. Ce qui signifie avant tout que Dieu entre réellement dans la vie des hommes, dans leurs conditions matérielles, temporelles et sociales.

Contrairement à toutes les autres religions et mythologies, où l’homme doit conformer sa vie à un ensemble de vérités immuables et trouver son salut en échappant au temps, en tournant le dos au monde, pour le Christianisme tout réside dans le rapport que nous mettons entre l’histoire et la révélation. En effet pour nous, Dieu se révèle, non pas dans un moment obscur d’un passé définitivement révolu mais dans l’expérience sans fin que l’homme fait du présent. L’histoire réelle d’aujourd’hui, avec tout le poids de ses questions, sa densité de vie, est le lieu même de la révélation qui se poursuit.

Nous savons en tout cas que Dieu ne saurait être le Tout-Extérieur, au-delà du cercle des choses visibles, victime d’une mesure de ségrégation. Le Dieu de la Bible n’est ni « ailleurs », ni « au-delà », dans un autre monde où il faudrait émigrer pour le trouver, mais en plein cœur de l’humain, comme sa raison d’être, dans la dimension la plus existentielle de sa vie, ce qui fait qu’un homme soit un homme et sans quoi il cesse de l’être, donc dans toute l’épaisseur du tissu vital : relations, santé, travail, loisirs, famille…etc dont rien n’échappe au politique.

Cette vision des choses fait que la foi cesse d’être une rallonge ou un luxe inutile pour dimanches ensoleillés, mais est la vie même dans ce qu’elle a d’essentiel. On accède à ce Dieu non pas par une fuite comme vers une espèce d’Etre Supérieur vers lequel on pourrait se tourner en tournant le dos au monde et à sa politique qui risquerait de nous salir les mains, mais selon la magnifique expression de Kierkegaard, on rencontre Dieu par « une plus profonde immersion dans l’existence ». Dieu parle à l’homme de l’intérieur du monde et à partir de ses propres expériences humaines.

L’attention du chrétien ne sera donc pas détournée par le fait d’arrêter sa réflexion sur le monde et d’y engager son combat. Bien au contraire, dans cette logique, il faudrait dire « dans cet amour », dans cette passion de la recherche d’un Dieu dont le nom signifie « Libérateur », la foi du chrétien ne prouve sa sincérité et sa vérité que lorsqu’elle oblige à réagir devant la guerre et l’armement, devant l’injustice criante du nouvel esclavage des immigrés, devant l’analphabétisme de millions de jeunes, au chômage et au ban de la société, devant la passivité aliénante de nos pédagogies traditionnelles soucieuses de rendement, devant les cadences affolantes des usines, devant la misère du quart-monde …etc…etc.

Le monde humain, notre réalité concrète et quotidienne est donc bien le lieu d’envahissement du salut, là où s’opère à la fois et inséparablement la rencontre de Dieu et notre libération. L’avenir de Dieu n’est pas en haut, au sommet de la société humaine ou un dépassement des aspirations de l’homme. L’avenir de Dieu est un bouleversement radical de toutes les valeurs, il vient mettre tout en haut ce qui est au plus bas : le Royaume est là pour les pauvres, pour les affligés, pour les affamés de justice, où les premiers seront les derniers et les derniers les premiers, pour ceux qui ne sont jamais installés, qui ne se croient pas arrivés – quelque soit l’agrément du lieu où ils séjournent, pour ceux qui ne se contentent jamais définitivement de quoi que ce soit de peur que le veau d’or remplacerait « ce que l’œil n’a pas encore vu et que notre intelligence ne saurait concevoir », pour ceux enfin qui considèrent que tout, absolument tout n’est qu’une étape provisoire, et que vivre consiste précisément à aimer avec assez de passion (dans les deux sens du mot) pour ne se laisser retenir par rien et se livrer totalement, mais activement, à cette force recréatrice du Christ en nous.

Il n’y a pas deux histoires juxtaposées : une histoire sainte qui s’achèverait avec la dernière page de la Bible et une histoire profane. Non, il n’y en a qu’une et elle est sainte du début à la fin, parce qu’elle est l’histoire de notre salut, c'est-à-dire de notre libération, ou, si vous préférez, le lieu de rendez-vous de l’homme avec Dieu à travers et par toutes les contingences du combat politique. Le christianisme n’est pas simplement une « religion » (au sens des autres…), mais le mouvement historique de libération de l’homme promu par Dieu.

Si la déstructuration actuelle nous mène vite à cette perspective de la foi , nous retrouverons la situation pré-constantinienne, celle de la primitive Eglise, où devenir chrétien était dangereux à la fois pour le pouvoir en place et le baptisé toujours candidat au martyr. Car pour une foi vraiment incarnée, la première tâche sera de s’enraciner totalement dans les situations humaines, donc politiques, et d’assumer les angoisses et les espoirs de l’homme, en refusant tout ce qui pourrait ressembler à une évasion. Et cela pour ouvrir aux hommes les possibilités d’une libération plénière et leur offrir les richesses d’un salut intégral dans le Christ.

A moins de réduire la « Bonne nouvelle » du salut à laquelle je crois à un pur verbiage ou à un mythe peu crédible, la vérité doit être capable de passer dans une pratique. « Faites ceci en mémoire de moi » n’est pas une invitation au culte, mais à mourir pour le peuple comme Lui, en donnant son corps et son sang, afin que les hommes trouvent la vie, et la vie en plénitude.

Que l’Esprit de Pentecôte, auquel nous aspirons tous si fort, nous inonde de cette grâce !

Avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

Texte à méditer :

On ne peut opposer foi et politique. Le salut chrétien inclut la politique et va au-delà. La libération de l’oppression et de toutes les formes de tyrannie est un signe précurseur de la venue du Royaume. S’il n’y a pas de liberté pour le misérable qui meurt de faim ou pour le prisonnier politique, c’est le signe que notre action religieuse ment à l’Esprit. « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction pour apporter la bonne nouvelle aux pauvres et annoncer aux captifs la délivrance, rendre la vue aux aveugles et donner la liberté aux opprimés… » (Luc 4, 18-19). Telle est la grande épiclèse sur le monde qui fut prononcée par Jésus dans la synagogue de Nazareth. L’aventure théologique est authentique si elle attire l’homme tout à la fois dans les profondeurs de l’abîme trinitaire et au coeur des masses humaines.

Dominique Barbé cité par Olivier Clément dans « Les Visionnaires »


Prière

Il viendra, le Jour !
Il est en nous, le Jour !
Chaque cri silencieux vers la Croix
Troue la nuit violente de l’homme ;
Chaque parole attentive
Chaque paume offerte
Annoncent la Pâque éternelle.
Le monde est un seul champ, une vigne.
Dans notre regard.
Ce soir, il y aura place pour tous
A la table du Père.
Quelqu’un, mêlé tout le jour
Aux autres ouvriers de la vigne
Rendra grâce pour tous et chacun
En rompant le pain.

Pierre Emmanuel (XX°siècle) de l’Académie Française

Sessions en cours à Béthanie

Du 26 au 27 Mai : Fête de la Pentecôte avec la Communauté de Béthanie. Le samedi, à 16 heures, conférence sur le thème de la présence de l’Esprit et sa plénitude, suivie de l’imposition des mains «pour la guérison de l’âme et du corps».
A 19 heures Grandes Vêpres et le dimanche, à 10H30, Liturgie festive et Agapes fraternelles info

Les 2 et 3 Juin avec Annick de Souzenelle : l’anthropologie biblique, une vision de l’homme comme découverte de soi et chemin vers Dieu. info
  

Les 9 et 10 Juin avec Mgr Marc et Mgr Martin. Une rencontre exceptionnelle avec deux jeunes évêques sur un thème fondamental : la transformation de soi et du monde. Pourquoi et comment? info
  

Les 23 et 24 Juin avec Rachel et Père Alphonse Goettmann : sur le Hara selon Dürckheim. Etre centré ou non, voilà la question. Le corps comme pont du physique au métaphysique. info
  


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