Lettre N°46
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Gorze, Mars 2008

C
hers Amis,

A la fin de notre dernière lettre, le grain tombé en terre, traversant toutes les épreuves en rendant grâces, finit pas découvrir la vie en plénitude et donne du fruit à « cent pour un ». C’est parce qu’il est tombé dans « la bonne terre ». Il y a là une Loi profonde du vrai vivant que le Christ veut nous apprendre durant ce temps de sa Passion. Il est, Lui, ce « grain de blé qui tombe en terre». Mais quelle est cette terre ?

Le symbolisme de l’humus, de la bonne terre, est proprement extraordinaire. En contemplant sa nature profonde, il livre le triple secret de son intimité.

L’humus a d’abord toutes les caractéristiques de l’humilité avec laquelle il a étymologiquement partie liée. Il est accueil total, offert et ouvert à ce qui doit venir : le soc de la charrue qui le laboure, la semence qui le féconde et la pluie qui le nourrit. Il se laisse retourner, creuser, défoncer… L’humus ne mérite son nom que s’il est pur, c'est-à-dire sans mélange : il n’a pas de volonté propre, son terreau est sans cailloux ni scories ou autres présences qui pourraient l’orienter. Son être est tout attente et écoute, il n’a qu’une seule direction : réaliser ce pour quoi il est fait. C’est une terre vierge.

Et quand le grain tombe dans ses sillons, alors elle s’unit à lui, les deux font alliance et se marient, si bien que la semence se fond en elle et réciproquement : la terre alors devient vraiment l’épouse, le pacte est lié. Ce sont des épousailles, mais c’est la terre qui intègre, intériorise, se donne. Par son « oui » tout s’accomplit, sans résistance aucune elle épouse le devenir et s’inscrit ainsi dans l’immense ordre de la création selon son plan interne, entièrement ouverte à l’action de Dieu, permettant à Dieu d’être Dieu. Grâce à ces épousailles, plus rien ne sépare le grain et la terre de l’acte créateur. Ils sont tous les deux dans un simple et pur vouloir de Dieu…

Rien n’est plus fécond que cet abandon actif ou, comme dirait Theilhard, cette « passivité de croissance ». Rien de grand ne se produit en dehors de cette Loi, tout génie créateur en fait son pain quotidien et chaque saint ne l’est que grâce à elle. En Extrême-Orient on l’appelle le « non-agir », dans la Tradition chrétienne c’est « l’effort sans effort » ou tout simplement l’abandon et la confiance, à partir desquels tout entre en gestation et donne naissance à la vie. Dans cette attitude tout est donné. En effet, sur le Chemin spirituel il n’y a pas de virginité sans épousailles, mais il n’y a pas d’épousailles qui n’aboutissent spontanément à la maternité. C’est son troisième secret que nous livre la « bonne terre » : elle est vierge, épouse et mère, et ces trois se tiennent intimement, inséparablement. Le grain que la terre épouse la pénètre comme un germe, elle fait de la place en elle, « couve » son avenir, et entre dans un enfantement où elle donne sa propre substance.

Nous avons reconnu au cours de cette contemplation de la « bonne terre » qu’il s’agit là du véritable disciple et de son attitude fondamentale, donc par excellence de Marie. C’est elle la terre-vierge, l’épouse, la terre-mère, l’archétype-même du disciple du Christ, la première qui nous ouvre le Chemin. Elle est pour nous « le Chemin même du retournement », comme l’appellent les Pères, elle nous y initie et nous accompagne tout au long de notre propre cheminement. C’est à son contact que notre liberté devient un vrai humus, une bonne terre.

Par elle, nous apprenons que la virginité est un point de départ absolu et inconditionnel, que l’on soit marié ou non. C’est le préliminaire indispensable à tout véritable amour, la condition de son existence même. Comment aimer si on a le cœur partagé (1Co 7,34) ou si l’on est enchaîné par ses passions ? La virginisation de l’être est le laboratoire secret où se forge la décision unique sans laquelle il n’y pas de Chemin, où s’élaborent aussi toutes les dispositions nécessaires à l’amour, les moyens. C’est le moment de la mobilisation de toutes les énergies dans une direction exclusive.

Seulement celui qui a intégré l’antichambre peut alors pénétrer dans le saint des saints qui est l’amour lui-même, union et communion, épousailles. C’est le seul but de la virginité. Débarrassé de soi et de nos « mélanges », le don à l’autre devient possible, jusqu’au don ultime : mourir d’aimer. L’amour sacrificiel seul, en effet, a le droit de demeurer comme chez soi dans le cœur de l’autre. Et seulement aussi s’il va jusque là, au centre de l’être, il connaîtra la source de cette intimité réciproque : la divine Trinité qui est au coeur de tout être et de toutes choses. C’est pourquoi l’amour trouve son centre non seulement dans le cœur de l’autre, mais au cœur de tout ou, disons, au cœur de l’instant présent qui manifeste la volonté de Dieu, c'est-à-dire sa Présence signifiante. Le « oui » des épousailles peut donc se vivre partout, il fait du moment qui passe un buisson ardent et découvre ainsi l’intensité d’une vigilance permanente.

Rien de tout cela n’aurait de sens si ce n’était pour une maternité : la naissance du Verbe de Dieu en nous. Nous devenons « Christophores », porteurs du Christ. Et cette gestation continuelle à l’intérieur de nous, nous permet alors de « donner aussi notre propre vie à l’extérieur, comme une mère » (1Thess 2,7-8) et d’enfanter les autres à la foi « jusqu’à ce que le Christ soit formé en eux » (Ga 4,19). Cette renaissance intérieure de ceux que nous rencontrerons sur le Chemin est le grand fruit de notre témoignage maternel à travers l’humus, l’humilité du quotidien : l’écoute, la compréhension, l’amitié, la solidarité, le dévouement sous toutes ses formes… Et voilà que la virginité, les épousailles et la maternité se conjuguent au sein de la même réalité. Car la terre est bonne et elle est une…

Cette terre est la « Terre Promise », c'est-à-dire la Pâque, celle du Christ et inséparablement celle de Marie, donc la nôtre, à laquelle Il va nous conduire maintenant comme le premier de cordée… Devenons amoureusement un avec ce qui est à l’heure qu’il est, « tout le reste nous sera donné par surcroît » !

Avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

Prière:

« Cet arbre est pour moi salut éternel : de lui je me nourris, de lui je me repais. Par ses racines je m’enracine, par ses branches je m’étends, de sa rosée je m’enivre, de son Esprit, comme d’un souffle délicieux, je suis fécondé. Sous son ombre j’ai planté ma tente et j’ai trouvé un abri contre la chaleur de l’été. Par ses fleurs je fleuris, de ses fruits je me délecte à satiété, et je cueille librement ses fruits qui me sont destinés depuis les origines. Cet arbre est aliment pour ma faim, source pour ma soif, vêtement pour ma nudité ; ses feuilles sont esprit de vie et non feuilles de figuier. Cet arbre est ma sauvegarde quand je crains Dieu, mon appui quand je vacille, ma récompense quand je combats, mon trophée quand je triomphe. Cet arbre est pour moi le sentier étroit et la voie resserrée ; c’est l’échelle de Jacob, c’est le chemin des anges au sommet duquel le Seigneur est réellement appuyé. »

(Ancienne Homélie Pascale 51)

Texte à méditer

Tu seras ma couronne de splendeur dans la main d’Adonaï,
un turban royal dans la main de ton Dieu.
On ne te dira plus : « Délaissée »
et de la terre on ne dira plus : « Désolation ».
Mais on t’appellera : « Mon plaisir est en elle » et ta terre : « Epousée ».
Car le Seigneur trouvera en toi son plaisir, et ta terre sera épousée. (Isaïe 62,3-5)

Sessions en cours à Béthanie

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Du 2 au 4 mai : « La voie des Psaumes » Apprendre à psalmodier, c’est découvrir la Bible en chantant et vivre dans l’esprit du Christ, c’est s’accorder tous les jours au chant du monde. info 

Informations

Nous sommes heureux de vous annoncer la parution d’un nouveau livre de notre ami Jean-Marie PELT intitulé « Nature et spiritualité »chez Fayard.


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