Lettre N°50
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Gorze, Juillet-Août 2008

C
hers Amis,

            Quand on est « à bout de souffle », on prend des vacances ou du repos, on dit alors communément que « l’on souffle un peu » ou que « l’on reprend son souffle »… laissant là ce mot apparemment sans importance. Mais si nous acceptons de le regarder d’un peu plus près et surtout de le vivre, nous serons stupéfaits du trésor qui se cache dans notre profondeur et pourtant s’offre à nous d’instant en instant…

            Le souffle est d’abord un mystère qui veut se dévoiler, indéfinissable. Il ne se livre que par l’expérience ; c’est donc un chemin inscrit au plus intime de l’homme. Là, dans cette intimité expérimentale, comment le souffle se révèle-t-il à nous au quotidien ? Comme une énergie vitale, c'est-à-dire indispensable : il est impossible de vivre sans respirer ! On naît avec le premier souffle, on meurt avec le dernier souffle. Si on meurt quand le souffle s’en va, vivre signifie donc respirer : dire vie, c’est dire souffle de vie. En hébreu, le mot âme (Nephesh) signifie haleine, le mot esprit (Ruah) est le même que respiration.
           
            Déjà devant cet abîme de mystère qui est la présence de la Vie même, nous pouvons d’un coup mesurer notre rébellion, notre refus de vivre, car nous respirons par hasard, lâchement, chichement. De notre capacité naturelle nous prenons peut-être la moitié, peut-être le quart ou moins encore. Le souffle de vie ne m’anime pas pleinement et nous perdons la moitié de notre vie ou les trois quarts, par simple négligence !
           
            Pire que cela, le souffle n’est pas que présence de la vie, il est aussi un mouvement : la respiration est le grand mouvement de la vie qui d’un battement se donne et d’un autre se reçoit. Mais nous n’en sommes jamais ou rarement conscients. Or c’est la conscience, puis le consentement au souffle qui en font un Chemin de transformation, un mouvement de transparence à la Transcendance. Les deux grands moyens pour réaliser cela ont toujours été, en tous temps et dans toutes les Traditions, le chant et l’attitude méditative. Tout respire, le monde minéral, végétal et animal, mais seul l’homme peut le faire consciemment. Tout chante, loue Dieu… seul l’homme est libre de refuser !
           
            Dès que l’homme s’arrête un peu d’être hors de lui-même et prend conscience de son souffle, son état de conscience change, plus il consent au souffle et l’épouse de l’intérieur, plus il découvre une nouvelle dimension en lui, étrange et mystérieuse, qui l’ouvre peu à peu à l’Au-delà au fond de lui-même. C’est là, en effet, dans l’intimité du souffle, qui pénètre jusqu’aux tréfonds de l’être pour animer chaque cellule, que le corps est un pont vers l’Au-delà, que la matière s’ouvre vers l’esprit. La respiration relie le haut et le bas, l’extérieur et l’intérieur, le conscient et le subconscient, les fonctions volitives et non-volitives, le naturel et le non-naturel, le fini et l’infini, finalement Dieu et l’homme. C’est dans la conscience de ce lien divino-humain qui ne cesse de croître que se trouve le chemin de transformation profonde de l’homme, car il s’agit d’un lien nuptial qui vise les épousailles entre Dieu et l’homme. L’homme est déifié (divinisé) par la puissance du Souffle divin.
           
            Pour celui qui a un Chemin et qui veut retrouver la vie en plénitude originelle, telle que le Créateur l’a voulu, l’expiration commence par le lâcher-prise. C’est en expirant que l’homme se vide de lui-même et de ses propres contenus, de son habitude maladive de ramener tout à soi, de ses appropriations multiples et finalement l’expiration est une réelle mort, une mort initiatique, où l’on rend le souffle, il n’est pas un dû mais une grâce ; on reçoit la grâce de Dieu en inspirant et on rend grâce en expirant. Flux et reflux, se recevoir et se donner, mourir et renaître.
           
            Si l’expiration est vraiment le consentement à une mort, au don se soi, elle ne peut que culminer dans l’abandon. Après avoir lâché le petit moi, figé dans ses positions acquises et ses défenses, le souffle quitte sa prison et devient don. A la fin de l’expiration se trouve le sommet de ce don, la détente maximale de l’être. L’homme devient alors de plus en plus libre de l’emprise de son ego et peut s’ouvrir à une dimension nouvelle inconnue, qui transcende complètement la dimension espace-temps, le plan existentiel.

            C’est le moment du mystérieux intervalle entre l’expiration et l’inspiration, plus ou moins longue selon la détente ou plutôt le consentement à l’abandon de tout et à s’abandonner. Il est important de goûter ce moment. C’est dans cet intervalle que l’éternité et le temps se touchent, que les énergies créées et incréées se rencontrent, et surtout que je nais progressivement à moi-même, à mon identité profonde, ma personne unique qui dit « Je » parce que suscité et fécondé par le « Tu » ou le « Toi » divin.

            Cet intervalle est un abîme de silence, une immobilité quasi absolue, qui reflète la perfection de l’état divin, immuable et non changeant, le suprême non-faire, mais qui en réalité est l’action suprême, le point de jaillissement de ma vie, c’est là en cet instant précis que ma personne naît de Dieu comme le ruisseau naît de la source. Processus de lente osmose ou l’un est dans l’autre, mon « Je » à l’intérieur du « Toi » Divin et réciproquement. C’est dans cette inhabitation réciproque indescriptible que se trouvent mon engendrement et ma filiation.

            La conscience divine et la conscience de l’homme s’étreignent, interfèrent, deviennent transparentes l’une à l’autre et se contiennent mutuellement. Cette expérience qui n’est qu’une petite lueur au début peut s’approfondir sans fin et étendre sa lumière jusqu’à l’infini. C’est une expérience consciente toujours nouvelle et inédite. Dans cette transparence de l’homme à Dieu se trouve la véritable naissance de l’homme et sa sainteté, il n’y a pas de vraie vie hors de cette Alliance.
           
            Quand vient alors l’inspiration, elle est toute entière l’expression, la manifestation de ce mystère, elle est le rayonnement de cette transparence et la communique d’abord à ma propre nature puis elle la communique aux autres, à toute relation, au travail, et au moindre geste. Ce que Dieu m’insuffle dans l’inspiration c’est la vie, c'est-à-dire Lui-même, Celui qui a dit Je suis la Vie, le Christ. Dans l’inspiration, c’est le Verbe qui devient chair en moi ; Il me donne forme et structure, ordre, loi intérieure dans la Puissance de l’Esprit Saint.
           
            Puisse l’éveil à cette conscience nous renouveler en permanence et nous conduire vers la joie de la jeunesse qui est devant nous …

Père Alphonse et Rachel

Prière

Mon âme, bénis le Seigneur !
Seigneur mon Dieu, Tu es infiniment grand, Tu es revêtu d’éclat et de magnificence.
Tes œuvres sont innombrables, Seigneur, Tu as tout créé par ta sagesse !
Tous ces animaux espèrent en Toi,
pour que Tu leur donnes la nourriture en temps opportun :
Tu la leur donnes et ils la recueillent, Tu ouvres ta main et ils se rassasient de biens,
Tu caches ta face : ils sont éperdus ;
Tu leur retires le souffle : ils expirent et retournent dans leur poussière.
Tu envois ton Esprit : ils sont créés, et Tu renouvelles la face de la Terre.
Je chanterai le Seigneur tant que je vivrai, Je célébrerai mon Dieu tant que j’existerai.
Que mes paroles Lui soient agréables !
Je me réjouirai dans le Seigneur !

Psaume 104, extraits

Texte à méditer

En tant que le Souffle de Dieu est dans mes narines,
ma bouche ne proférera pas le mensonge, car Dieu est vivant (Job 26,5).

Le Souffle de Dieu m’a créé,
le Souffle du Tout-Puissant m’a donné la vie. (Job 40,1)

Prochaines sessions à Béthanie

Du 13 au 17 Août : « Prière de Jésus : Prière du cœur ». C’est le trésor de la méditation hésychaste depuis les Père du Désert. La répétition incessante du Saint Nom guérit nos vieilles mémoires blessées et illumine notre quotidien. Cliquer pour en savoir plus.

Du 15 au 16 Août  : « Trouver sa voix ». Chemin de restauration de l’âme et du corps pour celui qui sait entrer en vibration avec sa profondeur. Cliquer pour en savoir plus.

Du 23 au 27 Août : « Halte au Désert ». Temps de retraite pratiqué dans le jeûne, le silence, la solitude, avec comme seul soutien la Parole de Dieu. Cliquer pour en savoir plus.

Informations

Les « Scouts Orthodoxes de France » ont lancé pour la première fois un camp d’été sous tente à Béthanie du 13 au 27 Juillet. C’était une formidable aventure, selon la grande pédagogie de Baden Powell, dans le contact intime avec la nature, les jeux et les chants, les offices et la prière. L’expérience se poursuivra par un camp de 8 jours en novembre et en avril prochains. Les parents, dont les enfants et les adolescents sont intéressés, peuvent s’adresser à Père Paul Gruber :  06.07.10.25.77 ou  paul.gruber@wanadoo.fr

L' Eglise Orthodoxe des Gaules procède à la canonisation de Monseigneur Jean de Saint-Denis (Eugraph Kovalevsky) les 11 et 12 Octobre. Les festivités auront lieu à Béthanie. C’est un événement fondateur pour l’Eglise locale et l’avenir orthodoxe en Europe. Monseigneur Jean, grand génie humain et saint à la fois, être de feu, a été favorisé de grâces divines extraordinaires dès sa petite enfance. Sa mission, qui continue plus que jamais, est la restauration en plénitude de l’Orthodoxie Occidentale. Ceux qui sont sensibles à cette réalité et désirent participer à cet évènement peuvent se renseigner à Béthanie ou consulter la page http://www.eglise-orthodoxe.eu/texte_invitation_canonisation_jean.htm

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