Lettre N°56
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Gorze, février 2009

C
hers Amis,

Les Pères du Désert disent : « Une journée sans contrariété est une journée perdue ! » Cet aphorisme est la conviction commune de beaucoup de philosophes et, bien sûr, des plus grands spirituels. Pourquoi ? Parce qu’ils ont la certitude, souvent durement acquise, que les catastrophes sont là pour nous éviter le pire. Et le pire c’est de traverser la vie sans naufrages, de rester à la surface des choses, de confondre la vie avec son ombre, de prendre les apparences pour la Réalité et donc de ne jamais être précipité dans une autre dimension.

En fait de catastrophes, nous sommes bien servis depuis quelques temps… Une terrible angoisse d’être engloutis tout vivants dans la fameuse crise financière habite la masse des gens, une peur sournoise remontant des profondeurs de l’inconscient nous dit que le fléau dévastateur du sud-ouest d’hier peut être notre lot demain n’importe où, et à cela qui suffirait, s’ajoutent les misères incalculables de notre quotidien…

La question n’est donc pas de savoir si nous avons des contrariétés, petites ou grandes, dans nos journées, car elles pullulent ! Mais : qu’en faisons-nous ? La plupart du temps nous nous fermons et cette résistance à la vie telle qu’elle se présente risque de nous encapsuler dans la tristesse, la dépression ou le pire des désespoirs, c'est-à-dire tout ce qui s’oppose à la vie ! La société de consommation nous y enfonce encore davantage, car elle nous exploite à mort en nous faisant croire que notre salut c’est de consommer ses « remèdes ». Nous vivons innocemment dans une immense conspiration contre la naissance de l’homme à lui-même et à sa profondeur. Chacun y va de ses solutions qui nous murent un peu plus dans notre forteresse… Elles sont, certes, des clés, mais qui n’ouvrent jamais au-delà de l’horizontalité animale. La crise financière échappe aux pouvoirs de notre raison et donne raison à toutes les interprétations…

La catastrophe écologique du sud-ouest est due, évidemment, au réchauffement climatique. Quant à nos misères du jour, elles sont des « tuiles » que nous envoie le « bon » Dieu… « Qu’ai-je fait à Dieu pour qu’Il me fasse cela ?! » ou encore : « Si Dieu existait, Il ne pourrait pas permettre cela ! » Selon l’antique théorie, il faut toujours un responsable, un bouc émissaire, qui endosse la faute et barre donc la découverte de l’Essentiel oublié… Ainsi nous sommes tous spécialisés dans l’esquive et le détournement !

Tout cela est sans doute trop facile à écrire quand on n’est pas dans le malheur, mais pour qui s’y trouve ces propos paraissent d’un cynisme insupportable. Et pourtant il n’y a pas d’autre issue que de se tourner vers soi-même. La transformation du monde commence dans notre propre coeur et nulle part ailleurs !

L’homme est un microcosme, ce qu’il vit il le fait vivre au restant de toute la Création, au macrocosme. S’il s’arrache à la source de toute vie : Dieu. La nature ne peut que se révolter et tout ce que l’homme entreprend est voué au nihilisme…

Tant que l’homme n’a pas compris cela, il est en crise. Celle-ci est comme un bélier qui enfonce les portes de notre conscience endormie ou rebelle. L’épreuve est proportionnelle à la sourde oreille. Et cela cogne jusqu’à ce que nous soyons dans les derniers retranchements de notre résistance, de notre « non » à ce qui est, et qu’un jour arrive le grand lâcher-prise où nous dirons à Dieu : « Seigneur, fais de moi ce que Tu veux ! Je m’abandonne et me confie à toi ! »

Assumer totalement tout ce qui est, et les événements que notre mental refuse en les interprétant comme « malheureux » ou « inadmissibles » : cette acceptation de la souffrance fait alors de la vie une « initiation », à condition que cette unité avec l’Etre soit notre motivation essentielle et prime sur tous les autres désirs. Nous ouvrir à ce qui nous vient, c’est nous ouvrir au Verbe lui-même, au Soi. Et lorsque l’ouverture est devenue totale, que toute l’existence est devenue « oui » à tout ce qui nous advient, sans que l’ego intervienne pour réagir, nous sommes vainqueurs d’une victoire absolue et trônons sur le trône même du Verbe, comme le promet l’Apocalypse. Nous sommes aux antipodes de la « résignation », qui n’a rien d’évangélique, ou pire : de l’acceptation d’une défaite ! Il s’agit de l’abandon, du « oui » du Christ et de Marie, de poser avec eux la bénédiction sur tout ce qui est ici et maintenant. Cela seul permet à Dieu d’être Dieu, que l’existence la plus noire devienne miraculeuse, que la maladie et la souffrance soient un processus de guérison, que la mort elle-même se présente comme le plus grand des remèdes, car « tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu » (Rm 8,28). Mais le vrai miracle, le voici : l’ego meurt, nous cessons d’être les esclaves de nos émotions et acquerrons la certitude d’être guidés de l’intérieur. Plus rien ne nous trouble, plus aucun jugement ne franchit nos lèvres, la Vie nous porte et nous sommes animés, fascinés tout entier par cette bénédiction merveilleuse : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! » (Ga 2,20) Alors, mais alors seulement, c’est Lui qui exprime en nous sa volonté et nous offre la solution à toutes les crises, quelles qu’elles soient… La seule catastrophe, c’est de nous détourner de Dieu ; le seul remède à tout, c’est de revenir à Lui.

Avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

 

Prière de Sainte Thérèse d’Avila

Je suis à Vous, pour Vous je suis née,
qu’ordonnez-Vous qu’il soit fait de moi ?
Vous voyez ici mon coeur,
je dépose sur la paume de votre main
mon corps, ma vie et mon âme, mes entrailles et mes affections ;
doux époux, ma rédemption, puisque je me suis offerte à Vous
qu’ordonnez-Vous qu’il soit fait de moi ?
Donnez-moi la mort, donnez-moi la vie :
donnez-moi santé ou maladie,
honneur ou déshonneur donnez-moi,
donnez-moi la guerre, ou une paix accrue,
la faiblesse, ou la force accomplie, puisque à tout je dis oui.
Qu’ordonnez-Vous qu’il soit fait de moi ?
Donnez-moi richesse ou pauvreté,
donnez-moi consolation ou désolation,
donnez-moi allégresse ou tristesse,
donnez-moi l’enfer, ou donnez-moi le ciel,
douce vie, soleil sans voile,
puisque je me suis rendue merci.
Je n’ai vécu que Vous en moi, je suis à Vous, pour Vous je suis née,
qu’ordonnez-Vous qu’il soit fait de moi ?

Texte à méditer

Saint François dit : « Le Seigneur m’a fait voir que la plus haute activité de l’homme et sa maturité ne consistent pas dans la poursuite d’une idée, si élevée et si sainte soit-elle, mais dans l’acceptation humble et joyeuse de ce qui est, de tout ce qui est. L’homme qui suit son idée reste enfermé en lui-même. Il ne communie pas vraiment aux êtres. Il ne fait jamais connaissance avec l’univers. Il lui manque le silence, la profondeur et la paix. La profondeur d’un homme est dans sa puissance d’accueil. La plupart des hommes demeurent isolés en eux-mêmes, malgré toutes les apparences. Ils sont pareils à des insectes qui ne parviennent pas à se dépouiller de leur coque. Ils s’agitent désespérément à l’intérieur de leurs limites. Au bout du compte, ils se retrouvent comme au départ. Ils croient avoir changé quelque chose, mais ils meurent sans avoir vu le jour. Ils ne se sont jamais éveillés à la réalité. Ils ont vécu en rêve ».

(Eloi Leclerc « Sagesse d’un pauvre », p 135)

Les prochaines sessions à Béthanie

Du 27 février au 1er mars : « L’entrée dans le Grand Carême». Temps-fort de jeûne, silence et solitude autour de la Parole de Dieu. Offices Divins, méditation et Liturgie. Cliquer pour en savoir plus.

Du 12 au 16 mars : « Prière de Jésus : Prière du coeur »,
Le bâton de pèlerin offert par la grande Tradition hésychaste des Pères du Désert pour illuminer notre vie quotidienn. Cliquer pour en savoir plus
.

Du 28 au 29 mars : « L’art d’être dans l’instant présent ». avec le Père Francis Dekeyser. Par le corps que je suis, découvrir l’immense trésor qui habite le « ici et maintenant » Cliquer pour en savoir plus.

Informations

Les anciens « classiques » parmi nos écrits : « L’Au-delà au fond de nous-mêmes – Initiation à la méditation » et « Prière de Jésus : Prière du coeur » sont à nouveau réédités en livres de poche. Le premier, muni d’une magnifique préface de Jean-Yves Leloup, va paraître en avril aux éditions Dervy. Le second, avec la préface de monseigneur Kallistos Ware, vient de reparaître à nouveau aux éditions Albin Michel. Monseigneur Kallistos, métropolite du patriarcat de Constantinople, est notre père spirituel depuis la mort du père Sophrony. Nous sommes vraiment heureux de sa préface de plus de dix pages, où il développe sa profonde connaissance de cette Prière et de son ancienne Tradition.

Si vous n’êtes pas déjà au courant, nous vous annonçons la naissance au ciel d’Olivier Clément, grand penseur orthodoxe, universellement connu. Pendant trente ans il a été un phare sur notre Chemin. Certains parmi vous ont participé à ses sessions à Béthanie ou ont lu ses articles dans la revue « Le Chemin » à laquelle il a collaboré. Dans le prochain numéro du 30 mars nous lui rendrons hommage. « Que le Seigneur fasse briller sur lui la Lumière de sa Face ! »

Ecouter Olivier Clément en ligne http://seraphim.over-blog.com/archive-02-8-2009.html

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