Lettre N°59

Gorze, mai 2009

C
hers Amis,

La Pentecôte, que nous allons fêter bientôt, n’est pas seulement l’apothéose de toute l’année liturgique, mais illumine tout ce temps appelé « ordinaire », qui va se dérouler longuement jusqu’au retour de l’Avent. Dans l’ordinaire, l’ennui quotidien, l’épaisseur du banal se cache désormais l’extra-ordinaire que reconnaît celui qui s’y rend pour en faire la percée. Le point focal où cela se passe est le détail, le détail apparemment petit et insignifiant.

A un guichet de poste, une dame s’impatientait au milieu d’une file un peu trop longue à son gré. Lorsque, enfin, son tour arrive d’être servie, elle dit, toute énervée, à l’employé débordé de besogne : « Voilà une demi-heure, Monsieur, que je me trouve devant ce guichet ». Et l’employé de répondre placidement : « Moi, Madame, voilà trente ans que je me trouve derrière ». C’est une question de point de vue et d’optique, et si nous essayons de regarder les choses de l’autre côté du guichet, du point de vue des autres, un monde de délicatesses et de prévenances s’ouvrira brusquement devant nous. Nous découvrirons alors ces mille petits gestes qui rendent aux autres la vie plus belle et plus heureuse. L’Esprit Saint nous envahira comme un torrent, viendra briser nos cloisons étanches et nos murailles de Chine, et voici que notre coeur s’ouvrira à des dimensions nouvelles, aux dimensions mêmes de l’amour de Dieu. Car l’Esprit Saint, c’est l’amour de Dieu qui s’installe dans un coeur d’homme, le dilate et lui donne une extension et une force insoupçonnées. C’est Dieu Lui-même qui vient aimer en nous, qui veut aimer à travers nous. Chose bouleversante, tout comme à la première Pentecôte, dans la mesure où nous lui donnons accès en nous.

En chacun de nous, depuis notre baptême et notre chrismation (confirmation), sommeille toute cette capacité d’amour, qui bien souvent reste sous-employée jusqu’à notre mort et pourrait faire de nous des êtres inoubliables. L’habitation de l’Esprit Saint en nous, c’est aussi vrai que l’Incarnation, la venue de Jésus sur terre. L’Incarnation historique du Christ se continue et s’accomplit en une présence de l’Esprit dans l’humanité tout entière.

La Pentecôte a révélé que Dieu s’était incarné non pour 33 ans, mais pour toujours, qu’Il nous avait partagé ce qui fait sa vie, c'est-à-dire son Esprit d’amour, pour toujours. La Pentecôte, c’est le début d’une présence irrévocable du Christ, à jamais, dans le monde. Dans l’humanité de chacun de nous. C’est là maintenant qu’Il continue son travail, son travail d’incarnation de Dieu et de rédemption du monde. « Je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps », disait-Il.

L’habitation de l’Esprit de Jésus dans nos cœurs est quelque chose d’aussi important que l’incarnation historique. La Pentecôte est un évènement aussi formidable que Noël. L’Incarnation, c’est Dieu qui devient homme, un homme. La Pentecôte, ce sont les hommes qui sont appelés à devenir Dieu, à vivre de cet amour extraordinaire qui les habite. L’Esprit Saint, c’est la transparence du Christ sur le visage de chaque homme.

L’autre jour, quelqu’un nous disait que tout cela était du baratin et de la théorie. L’incroyant moderne a beaucoup de peine à reconnaître ce qu’il est vraiment et à voir au-delà des apparences. Il est séduit, bouleversé par l’image que la science offre de l’homme perdu dans l’immensité des espaces que nos satellites artificiels croisent en tous sens. L’homme d’aujourd’hui se sent perdu dans cette révolution gigantesque. Il se sent poussière, goutte d’eau dans la mer, fourmi dans une termitière. Conscient de sa petitesse, il est tenté de croire qu’il est devenu trop petit, trop insignifiant, trop microscopique pour l’attention de Dieu.

Ecoutez un de nos contemporains athées dire le néant de l’homme sans Dieu. C’est Jean Rostand, un des plus célèbres biologistes, qui dit dans le message final de son livre sur l’Homme ceci : « Atome dérisoire, perdu dans le cosmos inerte et démesuré, l’homme sait que sa fiévreuse activité n’est qu’un petit phénomène local, sans signification et sans but. Il sait que ses valeurs ne valent que pour lui, et que, du point de vue sidéral, la chute d’un empire, ou même la ruine d’un idéal, ne compte pas plus que l’effondrement d’une fourmilière sous le pied d’un passant distrait ».

Mais cette question d’un savant, elle se pose aujourd’hui dans la rue, dans les films, les journaux ou les émissions télévisées. « L’homme n’est-il pas plus qu’un amas de chair et d’os, dont on peut faire strictement n’importe quoi, de toute façon cela n’a aucun sens et ne dure que le temps d’un soupir ! »

En face de ce désespoir sans nom, Dieu, dans ce message de la Pentecôte, nous redit au contraire combien chacun d’entre nous est unique, aimé infiniment, et que notre personne est un mystère inépuisable.

Il parait tellement incroyable que Dieu s’occupe de nous et gouverne le monde en détail. A la rigueur, nous admettrions qu’Il s’intéresse à nous en gros, en série ; un peu comme un chef d’Etat connaît son peuple d’une façon globale. Mais cette arithmétique–là ne vaut pas lorsqu’il s’agit de Dieu. Il nous accorde à chacun, non une parcelle, mais la totalité de son attention et de son amour.

Il est si rare de rencontrer quelqu’un qui fait attention à un autre, quelqu’un pour qui on existe vraiment, non comme une pièce dans un rouage, ni comme un numéro dans une série, mais comme un être en soi, vivant, irréductiblement personnel. Si rare et si grand. Cette merveille, Dieu la réalise pour chacun d’entre nous. Pour Dieu, nous existons. Il nous connaît un à un. Il ne nous confond avec aucun autre. Il connaît notre histoire, page par page. Il en connaît toutes les lignes, chaque interligne, et même le filigrane. Il nous suit pas à pas, du berceau à la tombe, rien n’échappe à son regard, à sa tendresse, car son Esprit d’Amour est mêlé à nous comme le sang l’est à chacune de nos cellules.

Prions pour qu’il soit aussi en nous une Source de lumière pour les autres, ceux que nous rencontrons, afin qu’Il les éclaire dans leur désespoir.

avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel


Texte à méditer

« L’Esprit Saint fait pénétrer le Christ en nous jusqu’au bout de nos doigts… Moi, indigne, je suis la main et le pied du Christ ! Je meus ma main et ma main est tout Christ, car la divinité de Dieu s’est unie à moi indivisiblement. »

(Saint Syméon le Nouveau théologien, XI°siècle)

Prière (hymne de la Pentecôte)

L'Esprit Saint, Dieu Créateur, Dieu d’Amour, Dieu de douceur,
Viens descends dans notre coeur.
Toi, l’Auteur de tous les biens, Toi, des indigents le Père,
Toi, le Flambeau des chrétiens, viens pour éclairer la terre.
O divin Consolateur, viens pour essuyer nos larmes,
Viens bénir notre labeur, et dissipe nos alarmes.
Viens, sans ton secours puissant, tout fléchit et tout chancelle,
rien sans Toi n’est innocent, O Lumière universelle.
Ranime toute langueur, efface toute souillure, réchauffe toute froideur,
et guéris toute blessure.
Viens, répands sur nous Tes Dons, seul Trésor des cœurs fidèles,
et tous nous Te bénirons, dans les splendeurs éternelles.

Sessions en cours à Béthanie

Du 22 au 24 mai : « La voie des Psaumes ». La psalmodie construit l’homme intérieur, structure le corps, nettoie le psychisme et fait reposer la Parole de Dieu dans le coeur. Une illumination du quotidien. Cliquer pour en savoir plus.

Du 30 au 31 mai : « La Pentecôte » . Vivre et célébrer l’Esprit Saint. Samedi 30 à 16 heures : conférence. Dimanche 31, à 10H30 : Tierces Royales suivies de la Divine Liturgie pentecostale et des agapes fraternelles. Cliquer pour en savoir plus.

Du 6 au 7 juin : « La pratique du Hara selon Graf Dürckheim » . Comment accéder à l’Etre en faisant du corps un pont vers l’Au-delà ? « Soyez enracinés et fondés », dit saint Paul : le Hara est une donnée biblique fondamentale. Cliquer pour en savoir plus.

Du 13 au 14 juin : avec Yves Beauperin rythmo-récitation des textes bibliques, mémorisés par le geste, pour une transformation du coeur. Une expérience unique. Cliquer pour en savoir plus.

Informations

Le dimanche 28 juin de 10h30 à 17h, pèlerinage à Saint-Thiébault à Gorze, gardez cette date libre sur vos agendas. Un pèlerinage rassemblait des foules jusqu’en 1940 pour honorer saint Thiébault et obtenir de lui une guérison pour soi-même ou pour ses proches. C’était aussi l’occasion de rencontres et de réjouissances. Nous vous proposons de restaurer cette démarche de prière, de foi et de joie par la célébration de la Divine Liturgie en l’honneur de Saint Thiébault, par la prière de guérison autour de ses reliques, et par des réjouissances à travers la musique, le chant et la danse.

Le réseau de Béthanie :
Pour s'inscrire et visiter le réseau vous devez vous inscrire en vous connectant à l'adresse suivante http://bethanie.ning.com/?xgi=fgZefDG
Après votre inscription vous pourrez revenir sur le réseau en utilisant uniquement l'adresse :
http://bethanie.ning.com/

 

***

Pour recevoir la lettre de Béthanie gratuitement chaque mois par internet, inscrivez-vous en ligne.

Si vous ne disposez pas d’internet nous vous enverrons la lettre par courrier mais pour ce faire, merci de nous adresser des enveloppes timbrées libellées à votre adresse.

BETHANIE, Prieuré Notre-Dame et St-Thiébault, 57680 GORZE

***


Pour recevoir la lettre de Béthanie gratuitement chaque mois par internet, inscrivez-vous en vous connectant à l’adresse http://www.centre-bethanie.org/liste_diffusion.htm et enregistrez votre adresse e-mail.


nous contacter
envoyer la lettre à un ami
archives
télécharger la lettre en pdf télécharger la lettre en word zippé imprimer la lettre en ligne