Lettre N°61

Gorze, juillet-août 2009

C
hers Amis,

Avez-vous remarqué que les vacances sont avant tout une plus grande intimité avec soi-même et avec la nature ? S’il y a une telle connivence entre les deux, c’est parce que l’homme est un microcosme : il contient tout le cosmos. La recherche de la beauté à l’extérieur est un signe de la beauté qui nous habite au plus secret de nous-mêmes. Cette fascination nous éveille à notre propre mystère. Et cela transforme notre regard du tout au tout.

Celui qui a sa demeure dans la profondeur voit aussi les êtres et les choses dans leur profondeur. Toute la création devient pour lui un lieu de communion avec Dieu, car il n’y a rien qui ne soit l’expression de sa gloire et le réceptacle de son Souffle. Il découvre le « numineux », cette qualité supérieure qui nous indique, à propos de tout, la présence d’une réalité autre, complètement différente de celle qui tombe immédiatement sous nos sens. Teilhard l’appelle la « diaphanie » de l’Etre, l’Universel Sourire venant du cœur de toute choses…, premier frisson perçu du monde animé par l’Incarnation de Dieu, et les Pères du désert la désignent par cette admirable expression : la flamme des choses. Au centre du moindre objet se dévoile l’immensité infinie qui contient tout…

Cette unité de la vision est l’unité de l’Etre et par là une conquête de l’espace et du temps. Pour elle, l’infini est dans le fini des choses et toute l’éternité dans la seconde qui passe. C’était l’un des thèmes de prédilection pour Dürckheim, ce qui lui faisait dire que l’on devrait regarder au-dehors comme on regarde au-dedans, en faisant du dehors un dedans, pour constater finalement qu’il n’y a pas d’extériorité, que rien n’est « objectif » et que tout est une relation de sujet à sujet. Devant la plus humble fleur, l’homme se trouve dans une relation de « je » à « Tu », et peut expérimenter dans une tulipe tout le mystère de l’Etre, entrer en dialogue avec Lui. Cela peut aller de la simple sensation de l’Etre, une touche éphémère, jusqu’aux « heures étoilées » et même à la grande expérience libératrice. L’essentiel c’est de s’exercer constamment, de prendre même le quotidien comme exercice; on ne devrait jamais perdre le contact avec le numineux et suivre sa trace partout, comme le chien de chasse suit la trace du gibier, dit Dürckheim, et il aimait citer cet aphorisme de Novalis : Toute surface visible a une profondeur invisible élevée à l’état de mystère.

La Bible est tellement remplie de cette réalité que saint Augustin (Ve siècle) a pu dire que le monde, la nature est une première Bible, qui correspond à l’Ecriture Sainte puisqu’elles ont le même Auteur. Toutes les deux ouvrent sur le Christ qui, après les avoir écrites, en a fait son corps et son visage. Le Logos, le Verbe-Parole incarné libère le silence des êtres et des choses, Il leur donne le contenu le plus profond, il révèle leurs racines dans l’abîme du Dieu trois fois saint, dont ils sont désormais transparents. Dans les formes visibles, comme dans les mots de la Bible, le Verbe se cache et se dévoile, c’est un leitmotiv cher à saint Maxime le Confesseur (VIIe siècle). Mais déjà Origène (IIe siècle) dit : La Parole est présente en chaque être, si petit soit-il, afin que les disciples aperçoivent la blancheur et l’éclat rayonnant de la lumière de Vérité qui est partout. C’est pourquoi insiste saint Denys l’Aéropagite (VIe siècle), l’homme doit s’unir à tout pour libérer la louange de la nature muette.

Ainsi le sens du monde dans la Bible c’est qu’il est une théophanie, une manifestation de Dieu qui, à son tour, s’offre à la communion de ceux qui savent regarder et contempler. Chaque chose, tout ce qui existe est donc une donation de l’Invisible, tout, jusqu’à la banalité, s’ouvre sur des horizons infinis. Cette contemplation suscite la louange ; puisque tout est don et grâce, le cœur de l’homme entre en action de grâces et reconnaissance. La vue du contemplatif devient héliomorphe, dit saint Grégoire de Nysse (IVe siècle) : la lumière de ses yeux est celle de l’Esprit-Saint, il voit avec les yeux de la Colombe et reconnaît ce qui lui est homogène, connaturel, car la lumière qui repose dans ses yeux est celle-là même qui ruisselle sur toute chose. C’est la présence de l’Esprit-Saint qui nous fait « voir », car Il est la Beauté qui nous attire en toute chose et nous appelle à travers cette transparence à contempler le Verbe. Ce rayonnement de l’Esprit qui éclaire le Fils pénètre notre conscience, si elle s’y ouvre, et nous donne la sensation de Dieu, le Silence-Source-Créateur derrière tout. L’homme touché par cette expérience bouleversante se transforme, il est saisi par la charité cosmique qui enflamme son cœur d’amour pour toute créature. Cet homme a atteint la sagesse. Il est libre et dépouillé de toute convoitise et perversion, il découvre vraiment une nouvelle manière d’être et un autre rapport au monde. La terre est à nouveau un paradis et la vie de l’homme une condition céleste.

Le tout, c’est d’emmener maintenant ce regard de lumière sur la vie dans les ténèbres de l’hiver qui ne va pas tarder… Mais n’oublions jamais : les ténèbres elles-mêmes sont habitées par la Lumière ! C’est là tout l’Evangile de saint Jean…

avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

Texte à méditer

« Lorsque, devant une scène de la nature, un arbre qui fleurit, un oiseau qui s’envole en criant, un rayon de soleil ou de lune qui éclaire un moment de silence, soudain, on passe de l’autre côté de la scène, on se trouve au-delà de l’ écran des phénomènes, et l’on éprouve l’impression d’une présence qui va de soi, entière, indivise, inexplicable et cependant indéniable, tel un don généreux qui fait que tout est là, miraculeusement là, diffusant une lumière couleur d’origine, murmurant un chant natif de cœur à cœur, d’âme à âme. »

(François Cheng)

Prier avec Moïse

Moïse dit à Dieu : « Fais-moi, de grâce, voir ta gloire ! »
Dieu répondit : « Je ferai passer devant toi toute ma beauté » (Ex 34,19)

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