Lettre N°62

Gorze, septembre 2009

C
hers Amis,

Merci pour les merveilleuses cartes de vos vacances qui représentent le Christ dans son « hara » ! Excellent rappel pour l’exercice au quotidien et démarrer une nouvelle année dans la juste attitude, une attitude ajustée à la Vie qui veut s’offrir à nous… Le point de départ, le point d’ancrage de ma transformation dans et par le corps, c’est en effet son centre de gravité, centre vital, ce que Graf Dürckheim appelle avec les Japonais « hara », le ventre, qui a pour aboutissement l’ouverture du cœur, point névralgique, quant à lui, où se croisent le ciel et la terre, centre en plénitude.

Dürckheim a ramené ce trésor du Japon et son livre sur ce sujet est devenu en Occident un chef-d’œuvre. Mais il l’a ramené en quelque sorte comme un Ancien Testament, c’est-à-dire une promesse encore inaccomplie qui ne trouve son achèvement et son sens dernier qu’avec le Christ. Si quelqu’un réduit le « Hara » au sens littéral de « ventre », il n’a encore rien compris, dit Dürckheim. Car le centre de l’homme est également le centre incandescent d’une rencontre, celle du Christ. Il est, Lui, le Centre de tout centre et le Principe de toute forme, le Verbe par qui tout subsiste, Celui qui réunit le ciel et la terre…L’homme est donc dans son centre là où il se sent un avec le Christ et entend son appel comme d’un maître intérieur. Toute sa vie sort alors du Christ…

Le christianisme a, hélas, perdu depuis longtemps la clé de lecture des textes bibliques les plus significatifs et de l’iconographie la plus ancienne sur le « Hara ». La référence à celui-ci est pourtant omniprésente autant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament, de même que sur les icônes et les sculptures chrétiennes. Dürckheim en donne quelques reproductions dans son livre, dont un merveilleux Christ byzantin du VI°siècle au Hara protubérant. Seuls les saints ou les vrais spirituels, c’est-à-dire ceux qui ont l’expérience de cette réalité, savent encore de quoi il s’agit et peuvent interpréter ce message. Dürckheim a fait dans ce domaine un énorme travail de décryptage. Le moment est venu, dit-il, de renouer avec cette grande tradition du christianisme primitif, de redécouvrir son trésor enfoui de la connaissance initiatique et la sagesse expérimentale.

La Bible est remplie de la nécessité d’un enracinement terrestre. Un des textes les plus extraordinaires à ce sujet est la parabole du semeur (Mt 13, Mc 4, Lc 8), où Jésus donne toute une anthropologie de l’homme en prière et montre qu’il ne se passe rien ou pas grand choses chez l’homme qui n’a pas de profondeur de terre ni de racine en lui-même. Voilà des expressions éblouissantes pour dire en langage biblique ce qu’est le « Hara ». Langage expérimental, s’il en fut, qui parcourt toute cette parabole et nous fait sentir instantanément de quoi il est question. Dans un autre passage, Jésus compare l’homme à une maison : il a creusé, il est allé profond et a posé les fondations sur le roc (Lc7,48). Le Christ revient constamment sur cette réalité sous de multiples formes.

Saint Paul en bon sémite utilise le même langage réaliste et charnel, où jamais le corps n’est exclu du Chemin : Soyez enracinés et fondés dans l’amour, ainsi vous recevrez la force de comprendre…et vous entrerez par votre profondeur dans toute la Profondeur de Dieu (Ep 3, 17-19).

Saint Grégoire Palamas (XIV°siècle) et d’autres Pères précisent qu’il faut « comme point d’appui le nombril », car « la loi de mon Dieu est au milieu de mon ventre ». Par là, ils ne donnent pas de recettes, mais sont tout simplement honnêtes avec le mouvement de l’Incarnation qui transforme les entrailles de l’homme en matrice de vie.

Dans l’Ancien Testament ce sont ces mots-là qui reviennent le plus souvent pour désigner le « Hara ». On les traduit par le terme « miséricorde », qui ne rend pas bien compte de la réalité en question ; l’hébreu « rehem » signifie matrice, les entrailles de l’amour. Mais d’autres expressions sont fréquemment utilisées, comme « rocher, citadelle, refuge, rempart, bouclier, tour forte, abri, pierre de fondement, reins, force… » qui se réfèrent au centre de l’homme selon le contexte et, bien sûr, le niveau de lecture où l’on se situe. C’est cependant toujours la lecture « charnelle », incarnée qu’il importe de favoriser. Là se trouve la dynamique de toute la Bible : « Dieu vient expérimenter l’homme, pour que l’homme expérimente Dieu » (Saint Athanase, IV°siècle) ; la Parole, toujours, veut devenir chair. Pour un vrai sémite, l’abstraction verbale est un scandale et une trahison ; la parole (« dabar » en hébreu) exprime le fond des choses. Pour lui « le critère corporel est supérieur à tous les critères psychologiques car, simple et complètement objectif, il n’est pas comme eux sujet à des interprétations et des erreurs, dont seul le devenir apprend – mais souvent trop tard- la nature vraie et la valeur » (Mgr Antoine Bloom).

Saint Thomas, l’apôtre incrédule, a refusé de croire au Christ ressuscité tant qu’il n’avait pas mis les doigts et les mains dans les plaies. Le Christ lui apparut et lui permit de le faire, mais ajouta : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ! » (Jn 20,24-29). Oui : « voir », c’est encore maintenir à distance, objectiver, laisser le Christ à trois mètres de moi, à l’extérieur…Et le vœu de saint Thomas est comblé, infiniment au-delà de son désir, car « le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » - « demeurez en moi comme moi je demeure en vous » (Jn 15). Désormais la foi donne le primat à l’expérience. Après sa mission terrestre, Jésus n’a pas dit à ses disciples : « Vous penserez à moi »…mais : « Touchez-moi ! » et « Il souffla sur eux » (Lc 24,39). Le Christ habitant en nous nous touche entièrement, constamment et nous Le touchons, jusque dans l’intimité de notre souffle, Il respire en nous : « Chair de ma chair, sang de mon sang ! » s’écrie Saint Grégoire, et nous somme « heureux », car maintenant « nous pouvons tout sentir en Dieu » (Saint Issac le Syrien, VI°siècle).

Et surtout nous centrer en Lui : nous vous proposons un « rappel » de quelques secondes chaque heure ou moins, selon la décision de chacun. L’exercice est simple : comme pour souffler une bougie, aller jusqu’au bout de l’expiration. Répéter plusieurs fois, jusqu’à ce que l’on ressente une force dans le bassin. La déconnection par rapport au « petit moi » est immédiate. Présence à soi présence à Dieu…

avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

Texte à méditer

« Après plus d’un demi-siècle de recherche et d’expérience, Dürckheim résume à la fin de sa vie sa position de manière suivante : « Si l’on me demandait aujourd’hui d’exprimer en une phrase le noyau de mon enseignement, je répondrais : la prise au sérieux de la double origine de l’homme, céleste et terrestre. L’Occident l’a oublié : en estimant que le céleste était du ressort exclusif de la foi, et que seul le terrestre pouvait faire l’objet d’expérience et de pratique, l’Occident a frustré l’homme dans son développement spirituel. Or, l’origine céleste de l’homme fait partie de son être essentiel. L’homme participe dans la profondeur de son être à l’Etre divin et peut en devenir conscient dans des expériences particulières. C’est l’expérience d’une réalité non conditionnée opposée à la réalité conditionnée du moi existentiel et de son monde. L’homme se trouve être un citoyen de deux mondes : celui de la réalité existentielle, bornée par l’espace et le temps, accessible à la raison et à ses pouvoirs, et celui de la réalité essentielle, qui est au-delà du temps et de l’espace, accessible seulement à notre conscience intérieure et inaccessible à nos pouvoirs. La destinée de l’homme est de devenir celui qui peu témoigner de la Réalité transcendante au sein même de l’existence… »

(Graf Dürckheim)

Prier avec Moïse

« C’est Lui qui est partout,
C’est Lui qui marche à travers tes pas,
C’est Lui qui regarde à travers tes yeux,
C’est Lui qui respire à travers tes poumons,
C’est Lui qui aime à travers ton cœur,
C’est Lui qui pense à travers ton cerveau,
C’est Lui qui mange à travers toi,
C’est Lui que tu manges à travers la nourriture,
C’est Lui que tu vois partout et en tout,
Dans ce monde de spectacle enivrant,
C’est Lui qui chante, écoute à travers toi,
Ton corps n’est que Lui,
C’est Lui qui est partout. »

(Babacar Khane)

Sessions en cours à Béthanie

Du 3 au 4 octobre : « Retrouvailles autour d’un chantier ». Travailler dans la joie fraternelle et la prière pour l’entretien de Béthanie. Une manière insolite de se rencontrer et de rencontrer Dieu sur le même Chemin. Merci pour votre aide ! Cliquer pour en savoir plus.

Du 24 au 25 octobre : « Itinérances bibliques » . Michel Magnin, bibliste et guide expérimenté de la Terre Sainte, nous conduira dans ce pèlerinage intérieur vers la terre de notre profondeur.

Du 29 octobre au 2 novembre : « Prière de Jésus : Prière du Coeur » . Pour faire du quotidien une Rencontre et sortir de l’ennui ordinaire. Cette prière continuelle est la perle de la Tradition hésychaste, le Silence de l’Etre
Cliquer pour en savoir plus.

Du 8 au 9 novembre : « Les racines juives du christianisme à travers les Psaumes » , avec le Rabbin Philippe Haddad. L’univers culturel et religieux de Jésus, sa mentalité, ses mœurs, sa façon de penser, de parler et d’agir… Connaître et aimer le Christ, c’est d’abord descendre dans ses origines humaines.
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Informations

Nous aimerions attirer tout spécialement votre intérêt sur les rencontres majeures de ce trimestre à Béthanie : le Pasteur Michel Magnin et le Rabbin Philippe Haddad. Les anciens pèlerins en Terre Sainte seront ravis de revivre ce temps-fort avec Michel autour de la Bible, mais tous pourront découvrir à quel point la Bible est le Livre de notre transformation. Quant à la rencontre avec le Rabbin Philippe Haddad, elle s’inscrit dans le même sillage. On ne peut qu’être ébloui de trouver une nouvelle perspective et une autre vision dans des textes qu’on croyait pourtant familiers…

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