Lettre N°64

Gorze, novembre 2009

C
hers Amis,

Nous avançons sur le Chemin. Notre vie se définit par ce devenir. L’homme n’est homme qu’en devenant dieu. Sa destinée c’est de se spiritualiser. Il se rapproche ainsi des Anges qui sont des purs esprits. Le chemin qui y mène tout droit est celui d’une vie séraphique dès maintenant, de s’unir aux chœurs angéliques et de chanter à cœur joie tous les jours. En s’y exerçant fidèlement, l’homme découvre avec stupéfaction que le ciel s’ouvre en lui et qu’il est né pour jubiler. C’est la voie de la libération. Le ciel en nous, c’est la dimension divine, non conditionnée, à laquelle chacun peut s’élever instantanément. Mais l’enfer existe aussi en nous, on s’y plonge, hélas, avec perversité en ressassant, sans crier gare, nos douleurs, échecs et plaintes… C’est pourquoi le Bible nous somme dès le début : Je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez ! (Dt 30,19).

Le grand obstacle dans ce choix, c’est le « moi », l’ego-centration. Celui-ci n’existe que par la négation, en étant « contre ». Ses misères sont sa nourriture et il s’auto-conforte ainsi dans son enfer en s’y enfermant. Bénir serait pour lui célébrer ce qui le dépasse et donc signer sa mort. Alors, il fera tout pour ne pas s’oublier, quitte à n’être qu’un rampant dans une vie plate au ras de la terre.

C’est pourquoi le Christ, en donnant sa charte, arrache le peuple à cette platitude et l’emmène sur les hauteurs de la « Montagne ». Et là Il lui apprend comment, dans cette élévation, la vie peut devenir une « Béatitude » au cœur même de l’affliction, de la pauvreté, des pleurs et de la persécution… (Mt 5)

Si nous savions vraiment écouter, dans le silence intérieur, nous entendrions à l’instant même dans notre profondeur cette Parole du Maître, car elle est éternelle. Au milieu des malheurs qui nous arrivent, Il dit : Soyez dans la joie et dans l’allégresse ! (Mt 5,11-12). C’est le sommet de la Montagne, c'est-à-dire de la bénédiction et de l’oubli de soi. L’absence d’écoute empêche la communion au chant intérieur. Voilà pourquoi Dieu a fait de l’écoute la méthode par excellence du retournement radical : Shema Israël ! (Dt 6,1). L’écoute est le nerf de toute vie spirituelle, au point que les moines en font un vœu. Elle est le haut-lieu où la bénédiction de l’homme épouse l’éternelle bénédiction de Dieu au sein de la Divine Trinité pour une Alliance nuptiale.

L’homme va là où le porte son attention. S’il baigne dans la plainte et ne cesse de brasser l’horreur il s’engloutit lui-même dans les ténèbres et tire vers le bas l’humanité toute entière. La bénédiction assume pleinement la vulnérabilité de l’homme, ses misères et sa faiblesse, mais les relie à la lumière qui les habite et ouvre la conscience à la joie libératrice. La vocation de l’homme, c’est de naître à l’Esprit, ce qui fait qu’un homme soit un homme. Cette naissance à soi va toujours de l’inaccompli à l’accompli. L’hominisation est une divinisation, elle procède des ténèbres à la Lumière, de la mort à la Vie, de relatif à l’Absolu, de l’enchaînement à la Liberté….

La joie se manifeste comme le grand signe de ce processus qui peut aller jusqu’à « l’ivresse de l’Esprit ». Elle fait éclater la prison de notre conditionnement, l’ordre établi, les conventions trop humaines et nous apprend que la plénitude de la vie ne dira peut-être son dernier mot que dans « la fête des fous », où la vie se met à chanter, à danser et à bondir d’allégresse…Le Rabbi Eléazar dit que : La Gloire de Dieu ne repose pas sur un homme triste. La tristesse étant la plus grande trahison de l’homme et de Dieu, il est interdit de la cultiver. C’est la profonde conviction de toute la mystique juive des Hassidim. Pour le Maître Nahmann de Braslov toutes les maladies viennent sur l’homme par la dégradation de la joie. La joie illumine la conscience et la conscience gouverne l’être tout entier. La conscience exultante s’obtient par la bénédiction. Mais la bénédiction de Dieu sur l’homme n’atteint vraiment son but que lorsque l’homme se tourne vers Dieu pour Le bénir à son tour. Dieu Lui-même invite l’homme à cette collaboration. C’est dans cette constante réciprocité d’amour que se trouvent l’acte créateur et le salut du monde. Celui qui bénit Dieu libère sa toute-puissance, permet à Dieu d’être Dieu et de réaliser ses promesses. Ainsi l’homme n’est jamais autant homme que lorsqu’il bénit Dieu. C’est là, selon la Bible, que son existence trouve son sens en plénitude et son accomplissement :

Mon âme, bénis le Seigneur
et que tout ce qui est en moi bénisse son saint Nom !
Mon âme, bénis le Seigneur et n’oublie aucun de ses bienfaits ! (Ps 103,1)

En d’autres mots : vivre sans bénir Dieu est un non-sens : cela n’est tout simplement pas possible ! Vivre est tellement identique à bénir et louer Dieu que le psalmiste s’écrie : Non, les morts ne louent pas le Seigneur… Mais nous, les vivants, nous bénissons le Seigneur dès maintenant et à jamais (Ps 115,17).

Bénir est un jaillissement de vie. C’est prendre conscience que ma vie jaillit à chaque instant de Dieu comme le ruisseau jaillit de la source. Ma vie est un don qui rayonne de la présence du Donateur. La bénédiction est inhérente à cette pure gratuité.
Tout le sens de ce temps de l’Avent qui nous prépare à Noël est là : Béni soit Celui qui vient au Nom du Seigneur ! Répéter cette phrase tous les jours à satiété opère des merveilles en nous et autour de nous…

avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

 

Texte à méditer

« Le changement radical consiste à reconnaître que le changement est la loi de la vie. Le seul choix dont nous avons l’absolue liberté, c’est d’être « synchro » avec le changement du monde, accordé ; là est la grande surprise : se retrouver d’un coup dans le chant joyeux de l’univers et, merveilleusement, n’en rien savoir ! Le mystère ineffable et la seule différence est qu’avant on le contemplait de l’extérieur et on en avait peur, alors que soudain on est dedans, on est soi-même le mystère. Connaître le mystère, c’est être un avec le mystère vécu comme joie, comme intelligence et comme création continue, comme invention continue… On n’appelle plus cela le devenir, mais le « Dieu-venir »…»

(Yvan Amar)

Prière

« Acclamez le Seigneur, toute la terre,
servez le Seigneur dans l’allégresse,
allez à lui avec jubilation.
Sachez que Lui, le Seigneur, est Dieu,
Il nous a faits et nous sommes à Lui,
son peuple et le troupeau de sa bergerie.
Allez à ses portiques avec action de grâce,
à ses parvis avec louanges,
rendez-Lui grâces, bénissez son Nom !
Oui, bon est le Seigneur,
éternel est son amour, d’âge en âge, sa fidélité. »

(Psaume 100)

 

Informations

Nous vous avons fait part de l’épreuve que traverse la Communauté. C’est le moment de vous exprimer aussi notre profonde reconnaissance pour la solidarité qui s’est manifestée à cette occasion. Merci de tout cœur pour votre prière, votre entr’aide aux sessions, au chantier et autres… Que Dieu vous bénisse et vous le rende au centuple !

Noël approche et souvent les idées de cadeaux nous manquent…Alors, n’oublions pas qu’un livre peut être un visiteur impromptu dans une vie, pour y déposer un peu de lumière et parfois la transformer. A Béthanie vous pouvez toujours demander les « classiques » d’Alphonse et Rachel : « Initiation à la méditation », « Prière de Jésus, Prière du cœur », « La guérison des maladies de l’âme », « La Joie, visage de Dieu dans l’homme », « Graf Dürckheim – Images et Aphorismes », « Le sens d’un exode – Images et Aphorismes de St Jean de Saint-Denis » et puis les livres d’entretiens avec Jean-Marie Pelt, Bertrand Vergely, Graf Dürckheim, le Patriarche Shenouda.

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