Lettre N°90

Gorze, février 2012


Photos Aurore (cliquer pour agrandir)

Chers Amis

Par les trois sacrements de l’initiation chrétienne, baptême, chrismation, eucharistie, Jésus Christ a tout accompli en nous, il reste à nous de tout accomplir en Lui. C’est notre Chemin et sur ce Chemin, comme dit le Christ lui-même, nous tombons sept fois par jour, c’est-à-dire sans arrêt. Alors nous faisons vraiment l’expérience jour après jour, dans l’abîme de nos chutes, de ce que cela veut dire être séparé de Dieu, de trahir constamment l’amour fou de Dieu pour nous, et de voir, malgré tout, ses bras toujours ouverts pour nous accueillir à nouveau.

Pour cet immense travail de regard clair sur soi, d’éveil et d’approfondissement de notre conscience, de pardon et d’enracinement toujours plus décisif en Dieu, le Christ nous a donné le sacrement dit du pardon, au sens propre : de retour ou retournement. Avec Lui, le chemin spirituel, dans ses heurs et ses malheurs, l’instant présent dans l’épaisseur du quotidien, l’ascèse et la mystique deviennent sacrement : c’est-à-dire que nous avons toujours sur ce Chemin le maître spirituel avec nous, compagnon invisible sur notre route. Chemin faisant, nous mettons nos pas dans les siens, chaque chute nous fait tomber dans ses bras ouverts sur la croix et Il nous sauve à l’intérieur même de nos défaillances. Il n’y a pas d’enfer dans lequel Il ne soit descendu, si nous acceptons d’ouvrir nos yeux pour Le voir, et il n’y a pas de situation de laquelle Il ne cherche pas à nous tirer, si nous voulons bien Lui donner la main. Le « sacrement du pardon » n’est rien d’autre que cela, toujours et encore le retour au Christ, dans lequel nous a définitivement plongés le baptême, mais que nous trahissons sans cesse. Le Chemin est long, douloureux, et il est impossible à vivre si nous sommes seuls.

Le péché étant rupture avec Dieu-Source-de-Vie, est une maladie caractéristique de la mort de l’âme. Seul Dieu peut nous en guérir en nous redonnant la Vie. Par le sacrement, l’Esprit Saint infuse en nous le Christ Sauveur qui recrée l’âme, la vivifie, et la « restaure » pleinement, au double sens de ce mot, dans l’eucharistie.

Contrairement à ce que l’on croit souvent, la confession n’est pas un acte ponctuel, un sacrement que l’on reçoit quelque fois par an. Tout commence pour la confession, qui est un aboutissement et un nouveau départ, par un regard clair sur soi, précis et quotidien, devenant peu à peu un état de vigilance permanente. Il n’y a pas de vie spirituelle sans ce temps fort où l’on regarde tous les soirs la vie que l’on mène, pour l’apprécier sous la lumière du Christ. Non pas une analyse, mais une orientation de tout l’être vers l’unique nécessaire : comment le Christ est-Il présent dans ma vie ? Où penche mon cœur continument, mon désir profond ? Ma vie mène-t-elle quelque part ?

Au fond, il n’y a qu’une seule question : c’est celle de l’amour : C’est à l’amour qu’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples (Jn 15).

Ainsi, ce qui est au début un exercice ponctuel peut devenir ensuite un état presque continu que l’on appelle vigilance ou « la garde du cœur ». Elle est le tout du Chemin et l’une des plus grandes grâces que Dieu nous fasse en cette vie.

Dans ce cheminement, qui est un combat souvent douloureux, vient l’acte de la confession elle-même. Elle rend toute la démarche sacramentelle, c’est-à-dire accompagnée par la Présence et la Force divines. Avouer maintenant sa plus grande faiblesse, son péché, à Dieu par l’intermédiaire d’un prêtre, témoin du Christ et de la Communauté ecclésiale tout entière, c’est faire « une véritable opération chirurgicale ». S’arracher quelque chose, une passion à laquelle on s’était identifié, est vraiment une mort, une réelle mise en croix, impossible à réaliser tout seul. Tous ceux qui en appellent aux psychothérapeutes le savent bien… Cela échappe aux pouvoirs de l’homme, et voilà pourquoi c’est un sacrement où intervient la puissance de l’Esprit Saint. Celui qui dit son péché en confession, monte sur la croix avec le Christ par une mort volontaire.

Mort à la mort, cet homme ne meurt plus : il est déjà ressuscité. La seule façon pour nous de ne pas mourir, c’est d’accepter, de vivre ici et maintenant la mort librement, comme le Christ nous l’a montré. La confession devient ici un événement spirituel d’une portée insoupçonnée : ce qui pouvait être la fin de l’homme, définitive, se métamorphose en Vie définitive, éternelle, par la puissance de résurrection du Christ, sa folie d’amour. Le péché nous sépare de tout : de Dieu, de nos frères, de nous-mêmes, du monde et de la vie elle-même ; maintenant, parce que j’ai pu en parler au sein du sacrement, la Parole, le Christ mort et ressuscité, fait que la séparation devient communion.

Cet amour du Christ s’applique concrètement dans la vie de celui qui se confesse par les remèdes que le prêtre lui donne alors pour la guérison de son âme. Face à son mal, le prêtre lui conseille une attitude de vie nouvelle. Ce sera un instrument précieux pour son regard quotidien et la garde du cœur. Puis, à la fin de la confession, l’homme saisi par le désir de pardon et de repentir, reçoit du prêtre l’imposition des mains, geste du Christ et descente de l’Esprit. A ce moment-là, le pécheur est délivré de ses péchés, ils sont totalement anéantis et absorbés par la passion du Christ.

L’homme qui se relève de cet acte créateur n’est plus le même, il sent à nouveau couler les énergies divines en lui, il est entré dans la joie de son Maître (Mt 25,21) et tout le ciel se réjouit avec lui. Sa vie est redevenue une fête et il peut laisser jaillir l’action de grâce qui remet toujours le chrétien dans sa véritable tonalité. Il était désaccordé par la tristesse du péché, la joie de ressuscité le remet dans sa dimension « normale ». Seule la louange peut le maintenir dans cet accord juste, car elle prend appui en Dieu seul et fait taire toutes les fausses notes du péché…

Allez dire aux chrétiens qu’ils n’ont qu’un devoir au monde : la Joie ! (P.Claudel).

Que, grâce à notre démarche, Pâque nous accorde à nouveau à la Joie de Dieu !

Avec toute notre affection, à bientôt !

Père Alphonse et Rachel

Prière

Aie pitié de moi, ô Dieu, dans ta bonté,
Selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions.

Lave-moi entièrement de mon iniquité
et purifie-moi de mon péché,

car je reconnais mes transgressions,
et mes péchés sont constamment devant moi.

J’ai péché contre Toi seul,
j’ai fait ce qui est mal à tes yeux ;

Aussi Tu seras juste dans ta sentence,
Sans reproche dans ton jugement.

Voici, je suis né dans l’iniquité,
et ma mère m’a conçu sous le joug du péché.

Mais Tu veux que la vérité soit au fond de mon cœur,
Fais donc pénétrer la sagesse au-dedans de moi.

Asperge-moi avec l’hysope, et je serai pur,
lave-moi, et je serai plus blanc que la neige.

Annonce-moi l’allégresse et la joie,
et les os que tu as humiliés se réjouiront.

Détourne ton regard de mes péchés,
efface toutes mes iniquités.

O Dieu, crée en moi un cœur pur,
renouvelle un esprit droit dans mes entrailles.

Psaume 50, 1-12

Texte à méditer

Plus le repentir est grand, plus le Chemin est court !

(Père Sophrony)

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Du 21 au 22 avril : Le Notre Père avec Jean-Yves Leloup : session complète.

Du 28 avril au 1 mai : Guérison des maladies de l’âme. : Par les passions, les démons possèdent l’homme et exercent sur lui un pouvoir tyrannique qui disloque son être. Pour guérir de cette folie et être libéré de la souffrance qu’elle provoque, la sagesse des Pères offre une véritable méthode diagnostique et thérapeutique et une ascèse de libération par la connaissance de soi dans la "metanoïa" c'est-à-dire le retournement.
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